Le crime paiera t-il ?

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Le roman aussi ! Populaire de plus ! Noir, Policier oui. On va d’abord chez le libraire du coin, on achète les succès de librairie, et lire ceux qui cartonnent. Ho ne ricanez pas, même que 200 000ex  de chaque, je suis preneur,  voyez comme je n’ai pas d’ambitions. Quelle étrange entreprise que de vouloir faire frémir les honnêtes gens ; voilà où je navigue. Faire un voyage ce n’est pas faire du tourisme, et pour le voyage dans le temps, c’est pareil, il faut pouvoir animer un présent comme si l’on rentrait de ce long périple et que l’on racontait tout, soirée diapo s’abstenir, l’expérience n’étant pas la vérité, ce n’est pas grave finalement, immersion et inventions. Alors il faut ingurgiter des kilomètres de données de tous bords, complexes et contradictoires, anecdotiques, idéologiques pour y fabriquer des souvenirs, une réalité de roman. Il y a une grande différence entre Tintin en Amérique et le Lotus bleu… On ne peut pas être ignorant, si l’on doit être omniscient dans le monde romanesque que l’on fait vivre non ?

Tiens ça me rappelle, un truc sur Umberto Ecco, que je n’avais pas lu mais que l’on m’encensait, et quel savoir, et quelle culture, et blablabla, et les niveaux de lectures genre « comprend qui peut » même la populace peut comprendre quand même etc. Bon, il y a quelques temps, un ami lumineux, me conseille « le pendule de Foucault » quoi, tu n’as pas lu ça ? Bon pas bégueule, je me dis qu’après tout. Et Pan, dès le début, dans la visite du musée des arts et métiers, sur les modèles des voitures qu’il décrit, une Peugeot C6 ou quelques chose du genre, L’auteur voulant faire montre d’érudition mécanique et de précision, boum il se goure de modèle, d’années, oui, parce que moi je vérifie tout, il faut être un vrai flic si on veut écrire du crime, et si l’on veut qu’il paye et voir aussi une âme enfouie d’assassin qui sait. Donc à la 20eme page Umberto écrit une bêtise, le bouquin me tombe des mains. Ok, aucune incidence sur l’histoire certainement mais je n’ai plus confiance…  A mon tour, alors croyez moi, que le prix du café entre 39 et 44, ou le nombre de calories par jour, jusqu’au prix de l’étoile jaune et les fabriquants, il faut être dans le cadre, non pas pour réciter la leçon, non, au contraire, surtout pas, pour en sortir et tisser une fiction. Il m’a fallu bien cinq années d’immersion pour naviguer à l’aise dans cette fin de IIIème république et l’état français. Même s’il faut remonter à son début, à 70, et qui dit 1870, dit 1848, qui dit 48 dit monarchie de juillet, Empire, Brumaire, Terreur, constituante, pas jusqu’aux dinosaures, il faut être raisonnable. En passant par Sartre et la fille Laval par exemple.

Avoir un discours politique dans l’histoire, j’ai bien ma p’tite vision globale, une idéologie se rapprochant d’un anarchisme stoïcien pour résumer, mais comme lorsque j’étais enfant, il faut d’abord jouer à se faire peur, et comme chez Stanislavski… Et si … Conditionnel, et toutes les questions qui mettent en scène l’action et le présent. Un présent de roman bien sur, une illusion pour laquelle les gens payent comme disait Jouvet.  Ca m’plait bien tout ça.

 

Sieste

Chateau-Gaillard-Printemps

Comme si nous y étions de nouveau dans ces étés d’avant les mobilisations, sans vraiment attendre, dans ces dimanches des bourgeois de Paris, ces parties de campagnes, moments de libertés volées à toutes les contraintes aux humiliations perpétuelles. L’échappée belle, mais jusqu’où, jusqu’à quand encore ? Ne sentez vous pas enfin cette odeur de poudre, de gaz, de sang dans la bouche, de ces haines ? Un dormeur du val qui aurait, dans sa petite sieste printanière et en cherchant un peu de futilité pour se soustraire à tout çà, pressentit son funeste destin.

Moi, Scénariste 4 ans

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En  1968, tout commence, enfin, je parle pour moi là, ce qui commence, c’est se cultiver. Oui déjà à 4 ans, le travail commence. Et ça commence Par Zorro, le Jeudi midi, sur la seule et unique chaîne de télévision et en noir et blanc.

Je vous la fait en accélérer, où d’ailleurs tout se mélange, les enquêtes de l’inspecteur Ludo de PIF, le premier Hitchcock, Simenon, Monsieur Lecoq,  Rouletabille, Léo Mallet, Boileau Narcejac, Le juge TI, Clouzot, Humphrey Bogart, Edward G Robinson, San Antonio, Melville , le doulos, Druon et ses rois maudits, je n’ai pas une culture d’hypokhâgne, non j’ai celle d’Audiard, d’Henri Jeanson, de Roumagnac, et de l’imperméable et du chapeau, mou, de la traction avant,  des sacs de billets qui s’ouvrent au fond de la piscine, du samouraï et de son jeu de clé de démarreur. Maigret tend un piège.

Oui bien sûr il y a des lectures plus savantes, mais quand même, le voyageur imprudent de Barjavel, Louis Jouvet, copie conforme, Quai des orfèvres… Je ne suis pas un gros lecteur, le cinéma, oui, « meurtre dans un jardin anglais » pour le ma raconter un peu,  Kubrick,  y’en a des tonnes. les bêtes du placard du cercle rouge, L’armée des ombres… Melville quand même je le cite, il m’a marqué le pépère.

C’est un truc qui vient se loger par là, quand je jouais aux gendarmes et aux voleurs, qu’on se raconte des histoires avec des sujets en plastique, u  mélange hétéroclite, de petites voitures, à la peinture écaillé, des soldat de plombs, en plastique, en plaque derrière le pot de moutarde sur la table entre verre avec Astérix floqué dessus, et la boite de vache qui rit.. J’avais deux boites en bois, remplis de trucs comme çà que j’associais pour me raconter mes histoires pendant que la radio tournait et que Pierre Bellemare devait déjà raconter ses histoires zextraordinaires.

Rien n’a véritablement changé depuis mes 4 ans, j’écoute toujours la radio, et je me raconte toujours des histoires… Alors ça suffit maintenant, j’vous les raconte, Faut que ça sorte Merci à maman pour m’avoir donné le gout du roman historique, merci à Papa pour m’avoir donné le gout du policier, et du film  noir, un fan de Simenon. J‘ai continué le boulot, en fait. Voilà pourquoi je farfouille dans ce coin, ça doit être pour que ne jamais que meurt ce moment de ma vie où tout y était si calme, si drôle, si rassurant. Ouais, il y en qui n’ont pas de bol dans la vie, et il y a ceux qui en ont… Moi ? J’en ai eu, à revendre, à partager, que ça en dégouline, alors quitte à m’amuser, autant en faire profiter tout le monde.

J’ai eu beaucoup de chance de tomber dans une famille tranquille, sans tralala. Sans vanité. Il y en a, Oui j’ai eu beaucoup de chance, et je n’ai pas souffert. Alors voilà pourquoi c’est toujours aussi présent, si je dois encore m’amuser c’est bien pour replonger dans mon monde merveilleux de l’imaginaire avec ce petit garçon de quatre ans qui va m’inspirer, qui est encore là, c’est lui qui va me guider. Étonnant non ? Comme disait l’ami Cyclopede.