Les dimanches d’un bourgeois de Paris

Il  me revient les grandes phrases de Warren Buffet « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner ».  Tiens, je croyais que ce truc de classes était le monopole des crypto-cocos. Ah ! De la rive droite de la Seine, de ses courbes, de ses boucles et méandres, me voici près de Lubrizol-sur-Seine. En voilà une idée, moi qui aime les rivages impressionnistes, de la même rive droite de la mairie de Paris du président Chirac, et son « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

La rive droite de la Seine qui m’emmenait d’abord samedi à la Fondation Henri Cartier Bresson, ah oui – il photographie la Chine de Mao – et je me retrouve ensuite près du Seveso rouennais du libéral Warren Buffet. ll devient compliqué de se vouer à un saint timonier aussi libéral que socialiste, les absolustistes ne manquent pas de méthodes. Mais quelles méthodes ? Ah  oui. Moi, en ce qui me concerne sur ce sujet, je suis cerné par des représentants raisonnables non pas politiques qui eux maintenant avant que je ne l’ouvre, me refilent des livres à ouvrir d’abord : la méthode à René.

Mes dimanches d’un bourgeois de Paris me font flâner plus loin désormais le long de la rive droite de la seine, Monet et Flaubert, bientôt Giverny, me voilà depuis le cœur de Paris, de la place Dauphine par Saint Lazare l’ami de Jésus, la prison de la terreur ou hôpital bref ce qui vous plaira, guidé par Lantier, sa Lison ou une Pacific 231  et plus loin au bout Pierre et Jean du Havre.  Une lutte entre l’art et l’industrie, entre la liberté et l’asservissement… Toujours le même bras de fer depuis tout ce temps.

Attendre

Il a l’air d’être Vladimir et Estragon à la fois, à moins qu’il ne soit Godot lui-même les attendant à son tour « En attendant Vladimir et Estragon », mais oui bien sûr, quelqu’un avant moi y a pensé , c’est évident, on n’est jamais le premier à inventer un truc pareil, un monologue de Godot. Il  devait les attendre ailleurs , et il ne se passera rien de plus dans cette version, nous devons respect à l’auteur et son sens provocateur…

Il  a aussi un air de cet Ignatius de John Kennedy Toole… est-il lui aussi très érudit, et obsédé par son anneau pylorique ? A moins que…. L’Ours de Tchekov ? Non, pas assez Ours; ce Grigori Stépanovitch Smirnov, trop faussement parigot pour être véritablement russe. A moins que ce ne soit seulement pour rire, alors pourquoi cet air inquiet ? Ridicule , inadapté ? Nous le sommes un peu tous, pas toujours heureusement, la blague qui ne prend pas, on ne fait plus rire, alors la métamorphose commence, la casquette et la moustache pousse et voilà qu’est en train de naître la vraie personnalité anonyme de celui qu’on va oublier, dont personne ne connaîtra jamais le cirque, les  clowns et l’art. Soi quoi .

Le théâtre c’est fini, et vient le temps des regrets, des lendemains de fêtes et de la gueule de bois, Mais qu’a t-il  donc fait de toute sa vie pour être accoutré pareillement ? Sa vie n’est pas encore finie et peut être pas commencée non plus, et pourtant il attend déjà sa fin. La rue va l’avaler tout cru dans quelques instants  et ne rien laisser. La place de Grève où il est assis, en a vu disparaître d’autres dans les poubelles de l’humanité et de célèbres encore, des suppliciés en tous genres de Ravaillac à la Brinvilliers. Une chance, un délai du moins pour lui c’est aujourd’hui la grève des éboueurs à Paris. Il attend.

©Moi- 2020 – Inconnu Paris

Dans les rues de la ville…

Allégeance
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima?
Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas?
René Char (in « Eloge d’une soupçonnée)
Photo ©Moi – 2020

 

Synchronicité

Je garde dans la
solitude
comme un
pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se
déploie,
la forêt, l’océan
reculent.

Tous deux, le soleil
nous désigne
par-dessus la ville et
les toits
les fenêtres renvoient
ses lignes
les fleurs éclatent
comme des voix.

Lorsque ton jardin nous
reçoit
ta maison prend un air
étrange:
comme un reflet, la véranda
nous accueille, sourit
et change.

Les arbres ont de
grand coups d’ailes
derrière et devant les
buissons.
La vague, au loin,
parallèle,
se met à briller par
frissons.

Je garde dans la
solitude
comme un pressentiment de toi
Tu viens! et le ciel se
déploie,
la forêt, l’océan
reculent.

Max Jacob, Romance

Photo ©Moi- Pourville 2020

 

Emerveillement

C’est sûrement lorsque l’on comprend enfin que l’on doit être anonyme et non pas quelqu’un que tout arrive. Personne, perdu dans les milliards d’individus. Comptez jusqu’à 7 milliards  à raison d’un chiffre par seconde, il faut plus de 220 ans. Qui voulez-vous espérer être ? La messe est dite. Et l’émerveillement alors ? Il reste entier, il n’y aurait plus aucune chance à l’accident heureux, et entrer dans une fatalité numérique, où notre cerveau lentement devient la data idéale, ou pire encore aux croyances des astrologues et autres mages, voilà, l’exercice le plus compliqué celui de la discipline quasi scolastique, celui de la rigueur d’un empereur romain, de la logique d’un penseur allemand, c’est le chemin, comme on apprend à parler, à marcher, on apprend à penser. Vous voyez là, vous me lisez numériquement, et on pourrait se demander ce que fabrique le président de FB et à quoi il pense.
Il pense pour nous, et investit dans le cerveau-machine… Vous êtes prêts , nous sommes prêts, nous commençons à confier à des firmes sérieuses et puissantes nos albums de familles, notre vie, nous renseignons, sans cesse, sur ce que nous faisons, où nous nous trouvons. Quels sont les combats ? Les retraites ? L’égalité des droits ? La violence aux femmes ? Ah oui ! la planète… Sauver la planète de qui ? Du communisme ? On rit… De l’islamisme, on rit moins, des virus… Oui les virus les autres, peur des autres oui bien sûr. L ‘émerveillement, c’est échapper à tout cela, et chercher à fabriquer ces instants plutôt et peu à peu reconnaître les besoins artificiels aliénants. En revanche, je n’ai pas de formule magique ni de martingale de sorciers. La liberté individuelle est un sport de combat …

©Moi-2020