S01-EP02 – Neuilly Ma Mère

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Ma mère ne s’attendant pas à me voir, alors, comme lorsqu’un étranger entre dans l’immeuble, elle sort de sa loge avec l’exacte habitude de s’essuyer les mains dans son tablier en dodelinant comme une oie anglaise, pour lutter contre le clair obscur du hall qui silhouette le visiteur. Et quand elle reconnaissait quelqu’un maman, poussait alors une sorte de hululement d’oiseau aigu qui emplissait tout le hall, ce qui ne manqua pas quand elle me reconnut… Premier bonjour, premier reproche, « Tu pourrais prévenir quand même ». Dans la loge, tout est à sa place, les clés sur le tableau, le bahut vaisselier,à gauche, la boite de Pulmoll y est aussi, l’énorme table art déco au milieu, le miroir bien encadré par Papa, le fauteuil du père contre le mur face de la double porte de la loge, celle qui donne sur la cour, les fleurs de maman et les cannes à pèche de papa dans le réduit à vélos au fond de la cour. Je récite, c’est du par cœur.

Bref… Maman a pris désormais, la place de papa sur le fauteuil mais dans le cendrier sur LE guéridon, il y a un fourbi de tubinos, de dés à coudre, d’épingles, dessous le tricot et ses revues sur le grand monde couronné et « l’action française ». Il aurait été difficile que je pose « l’Humanité » à coté. En revanche dans la chambre, les deux lits celui de Lulu et de maman on se croirait chez boucle d’or et nouveauté, on lui a donné une radio ? Rien que ça ? « C’est les Chartier, ils s’en vont au Canada, ils m’ont laissé le poste, avec tout ce que j’ai fait pour eux» elle se justifie toujours, Ha oui, même quand on est de passage, c’est de l’introspection, le moindre recoin je le connais, la moindre poussière je sais d’où elle descend, et je me vois dans le grand miroir, 21 ans, l’air de la Moselle m’a bien requinquée… « Bin Où est Lulu ? » « Lulu ? Elle prépare le 14 Juillet », ils ont prévu un truc avec 50 000 gosses, et elle répète ça avec les enfants de Georgette, l’amie de maman, et on pourra la voir défiler parce que la patronne de Georgette a un appartement sur les champs Elysées, et on pourra être à la fenêtre et blablabla, spour l’anecdote,, il y en a eu des moins regardants qui ont loués leurs fenêtres 300 voire 400 Francs, même les caisses à savons étaient vendues 20 balles. « La plus grande armée du monde, celle de 14, tuuuu t’rends compte  et y’aura les angliches, tu seras là le 14 ? » La question qui renverse la table et dieu sait qu’elle est lourde, surtout que dans le canard je venais de voir en écoutant ma mère, un article important sur le tour de France qui commençait quelques jours après mon arrivée. En regardant bêtement le parcours du Tour, je vois qu’il y a une étape qui passe par Royan, Marie m’avait dit qu’on irait voir passer les coureurs…

Marie… Il faut que je téléphone, du coup ça ravive mon inquiétude. Je regarde le calendrier des P&T avec un beau paysage des Pyrénées, le 15 juillet, le Tour arrive à Royan et repart le 17 vers Bordeaux, Donc, je pourrais être là pur Lulu le 14. « Tiens tu t’intéresses aux coureurs maintenant ? pfff ». Une idée en appelant une autre, on convoque le bavardage sur Marcel, le « père » de Lulu, qui avait un beau vélo et j’ai eu droit ensuite avec tout l’amour maternelle, au laïus, sur Marcel, sur les hommes, Tenir une semaine… Au bout d’une heure déjà… Je monte mes affaires dans la chambre de bonne, une carrée sous les toits, lumineuse, contrairement à l’obscurité et l’humidité de la loge, la chambre de bonne, entre ciel et terre, me donne un peu d’air et de soleil. Je reprends mon souffle.

Comme quand j’étais gamine, j’ai pris la clé qui ouvre sur les toits. Là c’est magique, on se transforme en chat. Surtout l’été quand le zinc a bien chauffé, prendre l’air tiède sur les toits la nuit, les lumières, les bruits de la ville, c’est cliché, mais… La chambre de bonne, blanche en plein soleil, un lit, une table, une armoire, une chaise, et le nécessaire à toilette, du van gogh quoi, prêt à colorier. Pour le reste, c’est sur le palier. L’hiver fallait casser la glace dans les toilettes. Je me pose et je mets mes deux trois affaires dans l’armoire. Lulu ne dort pas là toute seule et je n’y tiendrais pas, c’est la chambre où je suis tombée enceinte. Le compte est vite fait, 21 ans, majeure et vaccinée, et Lulu a 5ans… Peut être parce qu’il reste des trucs bizarres, les mômes ça sent des trucs ; moi, j’avais peur de la cave, pas de la cave vraiment mais juste l’escalier qui tourne dans le noir, une fois dans la cave ,il y avait l’atelier du père, qui faisait de l’encadrement, un atelier avec des tableaux qui traînaient, il restaurait des trucs pour des rupins du quartier. Des trésors sont passés par cette cave. c’est lui qui m’a donné ce petit œil. Il barbouillait un peu, mais préférait la pêche à la ligne. Tout en divagant, j’entends hululer depuis la cour, je me penche à la fenêtre, ma mère est dans la cour en bas, je descends par l’escalier de service, « Houhouuuuu Edith, viens manger », J’ai 8 ans… J’ai 16 ans…

Lulu n’est pas là, Marie n’est pas là, et c’est parti, à table, ma mère qui me reparle de Marcel, plus le train, bondé de familles qu’on expulse et des congés payés dans la chaleur, l’énervement, les mômes.Le monde entier qui cherche sa place.  Une cohue digne d’un dessin de Dubout, la fin du front populaire et la fin des haricots, je suis barbouillée. Marcel, puisqu’on en parle : parlons en, c’est le père de Lucienne, « Lulu », le père c’est un bien grand mot pour ce tordu. Et le pire, dans cette histoire, devinez qui je vois débarquer des camions de déménagements à Forbach ? La société de déménagement de Marcel et qui conduit un des camions en personne ? Marcel. Il est partout , Paris, Forbach, Royan. Marcel, Marcel Marcel, C’était pas un déménagement simple, il fallait trouver une boite qui savait faire ce boulot et pan celle où travaille Marcel, tout sourire. C’était lui, un des tauliers, une grosse société qui avait des garages et des trucs de déménagement et lui il s’occupait d’une de ces boites. Avec ce genre de types, là il n’y a pas de coïncidences non plus Et il est là, et je t’emballe les trucs, surtout que c’est du mobilier qui va au musée, des tableaux de maîtres, La fortune de Marie dans les mains et le bon vouloir de Marcel, je n’y crois pas. Un effroi me traversait. Il connait où est la maison de Royan alors et le silence radio… J’ai cru me trouver mal,  faut qu’il vienne fouiner jusqu’ici, partout, Le problème avec ces dingues, c’est que jamais il ne vous laisse en paix. Il a fini par savoir que j’avais quitté Neuilly, et c’était encore un mec de sa bande de dégénérés qui avait du baver où je me planquais. Si Marie ne m’avait pas accueillie et cachée je serai sûrement morte.

Pour tomber enceinte, ha il n’aura pas fallu des centaines d’essais, une seule et unique fois. Mais pour se marier, faut de l’amour au moins au début, c’est ce qu’est marqué dans les bouquins. il était hors de question que j’épouse ce salaud, parce que pour le consentement mutuel, au début y’a pas d’autres choix. Vous connaissez la chanson de Tino Rossi, « O catarineta bella.. » Non mais le couplet, c’est déjà un refrain « Tu n’as que seize ans et faut voir comme, tu affoles déjà tous les hommeuus », La chanson dit aussi qu’il ne faut pas trop attendre. Moi j’ai dit non, pas questions de se marier. une horreur, il me suivait partout, ou me faisait suivre, me harcelait, fallait étouffer le scandale, le déni au début, se cacher, j’ai essayé de le faire passer mais je n’ai pas pu, une bonne femme à Paris dans le Xvème, quand je l’ai vue déballer son attirail, je suis partie en courant et j’ai avoué mon péché, mon ange je me le garde. Le blanc c’est pas ma couleur. Il m’aurait peut être tuée, si je n’étais pas partie, un regard de fou. Le père, quel père ?… Je ne pouvais même pas être la mère, enfin là, j’ai 21 ans ça change, majeure et vaccinée, Lulu par ici la bonne soupe. J’me croyais à l’abri de tout.

Marie était peut être passée par Paris, du coup je demandais à Maman, si elle avait vu Marie ces temps ci à Neuilly. La maison était louée, mais les gens partis, elle ne l’a pas vue. C’est Ernest qui a les clés… Ernest lui, c’est le tonton, qui fabrique sa voiture tout seul, voyez le genre, pour aller en vacances à Biarritz, il a surtout bronzé des guibolles, il a passé son été 38 dessous à la bricoler, Enfin, Et où je peux téléphoner ? Bin, le café, à coté où papa allait boire son absinthe, ils ont le téléphone. Je regarde Maman, j’hallucine… Chez le père de Marcel donc. NON. Et tant qu’à faire, je vais le croiser en plus et aller au bal aussi ? « le baveau Mavarçavel », c’est du javanais, une réplique de « Fric-Frac », je l’ai vu avec Marie et deux copains homos, ça faisait moins louche pour sortir en ville . Arletty, Michel Simon et Fernandel. Ça c’était des acteurs. Plutôt crever que d’aller au bistrot d’à coté, j’irai me promener avec Lulu, il y en a un autre place Sainte foix, j’irai ailleurs. C’est pas les bistrots qui manquent.

Et pendant que je ressasse mon mal de mère, j’entends la voix de maman «  Houuuuuuuu, mais qui voilaaaaa » en frottant ses mains dans son tablier,  une agitation près de la porte de la loge, la porte de l’immeuble, le claquement de la serrure, c’est comme si c’est moi que l’avait fabriquée, j’en connais tous les bruits de son rouage ; toute une petite troupe dont les voix résonnent dans le hall et je reconnais la voix de Lulu… Lucienne, présentation : Petite robe d’été à fleurs, petits vernis qui ont pris la poussière et soquettes, bouclettes brunes et les yeux comme des boutons de bottines. on est un gênées toutes les deux, une cocarde bleue blanc rouge comme broche et le petit drapeau, je crois que c’est moi qui pleure la première.

Lulu est un peu distante, normal, pendant 10 minutes, ensuite c’est l’avalanche de questions. Alors je lui rereraconte la nouvelle vie qui nous attend, la grande maison au bord de la mer, Marie ? J’ai une photo, mais là haut, dans ma valise, une maison, rien que pour nous, plein de nouveaux amis, je lui vends du rêve, et c’est gagné, c’est ma mère qui braille, cette bonne nouvelle, en est une mauvaise pour elle, et être plus seule que jamais, en écrasant une larme discrètement, « Ho c’est pas fait », le don de mettre en valeur tous mes beaux projets. Lucienne me raconte en détail le prochain défilé, sort les dessins qu’elle m’a faits. Elle sort le jeu de petits chevaux, Georgette est là, on prend le café, un des derniers avant le National du Maréchal, et tout d’un coup, dans cette ambiance de famille recomposée, les enfants de Georgette, les conversations de banalités, savoir si les femmes doivent montrer ou pas leurs mollets quand elles font du tandem, le rayon de soleil qui passe la porte de la cour, les gamins qui cavalent, ma mère qui râle parce qu’ils jouent avec les boutons des pétunias « poc » et cirent dans la cour et Lulu sur mes genoux, je serai à Paris le 14 mais je dois téléphoner.

A SUIVRE…
©MOI – Chance Unique – 2019

S01-EP01 – Prologue – Forbach-Neuilly

 

Pour téléphoner, c’est simple, enfin quand je dis c’est simple, c’est un quart d’heure de vélo, facile, parce que ça descend, pour commencer, descendre jusqu’à Forbach, aller à la poste, au café, un ami, un voisin et quitte à poireauter, le café fera l’affaire. Pour la petite histoire, quand on a demandé le téléphone, ils sont venus tout de suite, le lendemain quoi. Deux beaux mecs des P&T, en revanche, pour avoir la ligne, faut attendre encore bien une année au moins, c’est simple, quand je n’ai plus eu de nouvelles de Marie, c’est en juillet 39, et le téléphone, ils sont venus poser le combiné… Je suis arrivée, fin 37, au printemps 38 par là. Et encore je ne savais même pas si le téléphone de la maison de Royan marchait c’est pas à Royan c’est à coté, encore plus paumé. Moi qui suis de Neuilly, alors Forbach c’est Moscou. C’était un choc, la fête à Neuneu, c’est dans la forêt de la Moselle maintenant, non mais surtout j’avais un boulot, merci mon dieu. Alors même à Zanzibar, je prenais.

Fille mère, ça fait mauvais genre, coco, c’est encore pire, si je ne trouvais pas de boulot, enfin on entendait dire tout et n’importe quoi à l’époque, que je risquais de me retrouver dans un camp de femmes, avec les juives, les filles de joie. C’est une copine à maman qu’est de Courbevoie, qui fait des ménages avec elle pour les rupins de Neuilly, qui lui a raconté que sa fille, elle était dans un camp à la montagne je sais plus trop bien où. Elle a bien demandé aux rupins pour qui elle bossait, de faire un truc pour la fille, mais comme elle aurait dit à l’usine où elle bossait, chez Renault, des trucs un peu salées à cause du rendement, que ça à mal tourné et que le taulier l’aurait virée et un peu poussée du coté du commissariat d’arrondissement si vous voyez le genre. Alors Pour sa mère bin c’est une semaine à 70 francs qui se fait la malle aussi, et la mère fallait qu’elle se fasse des travaux de couture en plus. C’est pas la pension de veuve qui lui ramène grand chose.

Bon bref on s’en fout. Le téléphone, oui, donc, bizarre de pas avoir de nouvelles de Marie, ceci dit, le temps décrire une lettre puis qu’elle arrive et que je lui réponde. Une semaine c’est longuet quand même c’est un peu idiot que j’me fasse du mauvais sang que j’me dis. Mais bon ça tourne dans ma tête, et si, et si et re si. Du coup c’est maman, qui garde la petite, j’vais à Paris de temps en temps, et puis avec Marie on s’était dit qu’à Royan ce serait plus simple, c’est grand, j ‘aurai une petite maison pour moi, donc Marie m’avait dit qu’après tout, je pourrai la prendre avec moi. Elle tenait pas trop à ce qu’on habite ensemble, On est en 39… Déjà fille mère, on rajoute les cocos, alors si en plus on se trimbale bras dessus, bras dessous, et qu’on se roulent des galoches avec la gamine dans le landau, surtout qu’en plus Marie elle à moitié juive, comment qu’elle me disait, une mieschlieg, un truc en allemand, deja allemand, juive, lesbiennes,communistes, bonniches, c’est maman qu’est bretonne, c’est pour ça que les bonniches c’est l’héritage. Oui, le téléphone, j’avais que ça, alors j’mens sers bien sûr pour étancher mes anxiété, tu penses Hortense, Et là Rien pas de réponse, enfin on me passe personne. Ca commence un peu à pincer. Panique à bord carrément.

C’est bête de m’inquiéter, mais la baraque est vide, on se barre, et elle est partie avec les meubles, ce qui est normal pour un déménagement. je me raisonne comme je peux, j’me fais mon blabla, j’ai mon billet de train, tout ça va rentrer dans l’ordre. mais quand même, un peu de sous, j’dois avoir allez, 400 francs à tout casser, mon mois, moins ce que j’dois filer à maman quand je passerai à Paris du coup, parce que oui je passe par Paris allez je comptais sur 200 francs. Ca va, si c’est quelques jours, si il y a un souci. Bon j’arrête de penser à tout ça. Et puis toutes les angoisses qui remontent d’un coup. La maison est vide, elle est à vendre, elle st pas vendue non plus, avec les bruits qui courent, tout ça pour faire baisser les prix de l’immobilier j’me dis, fanfaronne mais il y a un mauvais pressentiment dans l’air, Hitler il la fera pas la guerre, bref je me rassure avec n’importe quoi, Comme experte en géopolitique on a fait mieux, et à l’époque on a même fait pire.

je reste comme ça deux ou trois jours de plus avant de fermer la maison, je ne sais plus qui devait passer, c’est que ça fait un moment. Surtout que dans la région à part deux, trois amis, on n’est pas super bien vues les « goudous youpines », ça y va bon train, oui on a du s’faire griller bêtement ou ça à causé. Dans les bleds ils aiment ça causer, mais en ce temps de préhistoire,ce genre de vérités c’est pathologique et psychiatrique, tant que Marie est là ça va, mais moi toute seule chez les sangliers je vais me faire bouffer toute crue.

En passant par Paris j’avais le temps de passer chez maman parce que je repartais par la gare d’Austerlitz que le lendemain, j’pouvais passer à la loge, à Neuilly, et puis comme ça je voyais la mouflette, j’donnerai le mandat à maman en plus, enfin, tout bien quoi. J’idéalisais un peu tout ça, Marie avait le chic pour me vendre du rêve. Pas que du rêve d’ailleurs, parce qu’on partait vraiment au bord de la mer, mon rêve de gosse, mais là, il y avait mammouth sous pâquerette.

Rien que le voyage en train, Juillet 39, je ne suis pas là seule à partir et quand je dis « partir », c’est pas pour les vacances, la zone rouge, « il faut quitter l’Est de la France, messieurs dames » on leur avait dit avec Trente kilos de bagages, un truc pour partir une semaine quoi… Les valises, les trains…la mode de l’époque Et en fait de rêve, on fait comme tout le monde, je pars en Charente inférieure comme les autres pékins,comme les alsaciens qui partent dans le Périgord, c’est peut être pour ça qu’il y a du foie gras dans le Périgord.. « Ne Vous inquiétez pas, nos pioupious gardent les maisons, partez sans crainte », mes genoux ouais ! Et puis, Les amis de Marie, nous disent que déjà c’est le début de la mobilisation, ça commence pas en 40, mais par les fonctionnaires, bien avant, Octobre 38. A Paris tout va bien, tout est beau, c’est vrai que l’ambiance à la frontière, le temps se couvre. Non mais 20 ans après… Pour Marie d’ailleurs c’est trop je vous raconterai, Royan, au moins ça change et puis la cote ouest, on n’a jamais vu les allemands là bas.

Ha Paris. Quand j’mets un pied à Paris,je suis un peu chez moi, l’odeur de Métro, c’est comme un champ de fleurs. Terminus, Pont de Neuilly et puis je me prends le chemin des écoliers pour aller rue de Chézy, je longe un peu les quais de seine, C’est par là que commence le Ventre de Paris de Zola, ils traversent le pont de Neuilly pour aller aux halles. Puteaux, Suresnes, l’île de la jatte, je ferai un détour, il ne vaut mieux traîner là surtout, pour une femme, mais c’est le boulevard d’Argenson que je veux reprendre, les marronniers qui bordent les hôtels particuliers, Mary Poppins, un décor de comédie musicale, tout est beau, tout est élégant, Walt Disney en urbaniste.

Mes parents quand ils étaient gosses, ils allaient avec mes grands parents voir les équipages des grandes familles partir pour le bois de Boulogne. La bourgeoise les émerveillaient, même moi la communiste, ça doit être un truc d’enfance j’allais au jardin d’acclimatation. Les promenades autour du lac Saint James, on est dans l’aristocratie, on est aussi en plein dans Le XIXéme industriel… 37 rue de Chézy, c’est là, Maman c’est la concierge, alors je fais la surprise en tirant le cordon, il est électrique, j’ouvre la lourde porte art déco de ce bel immeuble bourgeois.

A suivre…

©MOI-2019
Trente-Neuf – S01-EP01 – Prologue – Forbach-Neuilly

Moi, Passe Muraille ?

Ha oui je ne saisis pas tout, cette complicité qui m’habite qui me partage entre photographie écriture et musique, je n’avais pas remarqué que ces trois disciplines pour employer un mot d’enseignement à la grecque, étaient si liées, du moins chez moi. Reprenons depuis le début. Enfin il n’y a pas d’ordre chronologique, à chaque note et ce dès le plus jeune, dès la première touche de piano croisée, s’ouvre à moi, une image, un climat sur lequel mettre des mots. Alors oui la photo, à chaque cliché s’ouvre une histoire, et des sons, comme un cinéma démantibulé, et on continue, à chaque mot écrit, une image qui s’anime. On touche du doigt tout ça, comme si l’on passait à  une autre dimension, un passe muraille, un psychotrope puissant.

Bien sûr on peut essayer de garder raison et se dire non, non, non, Madame mon épouse avait bien raison, Monsieur mon mari, il faut être électricien ou pâtissier enfin un truc où je ne vagabonde plus, pour devenir propriétaire… Oui propriétaire, c’est important, capital  mais où ai-je donc la tête ? Voilà, tant qu’à visiter les fées et les muses, la fée électricité me reliera à la terre, c’est raisonnable. Merci la vie !  Sans compter les jaloux, Ne parlez pas de votre don de dieu : vous êtes le Schpountz !

Alors, d’accord, moi je veux bien faire comme tout le monde, payer mon terme, être un bon père, un bon mari, être l’ami sur qui on peut compter,, alors  d’accord pour ne plus passer pour un excentrique, me réfugier derrière la technique, c’est bien, la technologie, devenir un bon ouvrier, « à défaut d’avoir du talent sois un bon technicien me disait un pote du cinéma ». Bien je serai « cheville ouvrière » et « travailleur de l’ombre » surnoms donnés par les grandes sociétés de productions de disques. Confiez moi un budget, jamais aucun dépassement je m’y engage, Économe et artiste c’est possible … Enfin artiste, dans l’industrie ce n’est pas incompatible. C’est ce qui se dit. Demandez à Dali…

Bref, De l’air, on étouffe ici.  écrire plutôt que lire, photographier plutôt qu’écrire, composer plutôt que photographier, lire plutôt que penser…  Bon sang mais c’est bien sûr, Consubstantialité…  ! tout est lié, rien ne s’oppose, c’est le même truc qui gigote, je n’ai pas à choisir c’est la même chose, le roman c’est de la peinture, demandez à Flaubert,  la peinture, c’est de la poésie, demandez à Baudelaire, Nadar n’est pas si loin….  Et puis la musique.. bin demandez à Debussy, à Deodat de Séverac, à Satie s’ils ne font pas de la peinture… Beethoven était tellement sourd qu’il croyait qu’il était peintre… Alors moi quand je serai(s) grand je serai Passe Muraille..

Photo © Masha Mosconi

Le crime paiera t-il ?

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Le roman aussi ! Populaire de plus ! Noir, Policier oui. On va d’abord chez le libraire du coin, on achète les succès de librairie, et lire ceux qui cartonnent. Ho ne ricanez pas, même que 200 000ex  de chaque, je suis preneur,  voyez comme je n’ai pas d’ambitions. Quelle étrange entreprise que de vouloir faire frémir les honnêtes gens ; voilà où je navigue. Faire un voyage ce n’est pas faire du tourisme, et pour le voyage dans le temps, c’est pareil, il faut pouvoir animer un présent comme si l’on rentrait de ce long périple et que l’on racontait tout, soirée diapo s’abstenir, l’expérience n’étant pas la vérité, ce n’est pas grave finalement, immersion et inventions. Alors il faut ingurgiter des kilomètres de données de tous bords, complexes et contradictoires, anecdotiques, idéologiques pour y fabriquer des souvenirs, une réalité de roman. Il y a une grande différence entre Tintin en Amérique et le Lotus bleu… On ne peut pas être ignorant, si l’on doit être omniscient dans le monde romanesque que l’on fait vivre non ?

Tiens ça me rappelle, un truc sur Umberto Ecco, que je n’avais pas lu mais que l’on m’encensait, et quel savoir, et quelle culture, et blablabla, et les niveaux de lectures genre « comprend qui peut » même la populace peut comprendre quand même etc. Bon, il y a quelques temps, un ami lumineux, me conseille « le pendule de Foucault » quoi, tu n’as pas lu ça ? Bon pas bégueule, je me dis qu’après tout. Et Pan, dès le début, dans la visite du musée des arts et métiers, sur les modèles des voitures qu’il décrit, une Peugeot C6 ou quelques chose du genre, L’auteur voulant faire montre d’érudition mécanique et de précision, boum il se goure de modèle, d’années, oui, parce que moi je vérifie tout, il faut être un vrai flic si on veut écrire du crime, et si l’on veut qu’il paye et voir aussi une âme enfouie d’assassin qui sait. Donc à la 20eme page Umberto écrit une bêtise, le bouquin me tombe des mains. Ok, aucune incidence sur l’histoire certainement mais je n’ai plus confiance…  A mon tour, alors croyez moi, que le prix du café entre 39 et 44, ou le nombre de calories par jour, jusqu’au prix de l’étoile jaune et les fabriquants, il faut être dans le cadre, non pas pour réciter la leçon, non, au contraire, surtout pas, pour en sortir et tisser une fiction. Il m’a fallu bien cinq années d’immersion pour naviguer à l’aise dans cette fin de IIIème république et l’état français. Même s’il faut remonter à son début, à 70, et qui dit 1870, dit 1848, qui dit 48 dit monarchie de juillet, Empire, Brumaire, Terreur, constituante, pas jusqu’aux dinosaures, il faut être raisonnable. En passant par Sartre et la fille Laval par exemple.

Avoir un discours politique dans l’histoire, j’ai bien ma p’tite vision globale, une idéologie se rapprochant d’un anarchisme stoïcien pour résumer, mais comme lorsque j’étais enfant, il faut d’abord jouer à se faire peur, et comme chez Stanislavski… Et si … Conditionnel, et toutes les questions qui mettent en scène l’action et le présent. Un présent de roman bien sur, une illusion pour laquelle les gens payent comme disait Jouvet.  Ca m’plait bien tout ça.