S01 – EP05 : Mytho !

43104946_10155908738479103_6408450775999053824_n

 

tele-7-jours-4

« Edith a quitté Neuilly en catastrophe à la recherche de Marie introuvable et sans nouvelles d’elle. Arrivée à Royan,  Edith fait un malaise en attendant un car. Emile Couzinet sortant des studios de cinéma et la remarquant lui porte secours, en la mettant sur le chemion de la maison de Marie,  le hasard fera qu’Edith le recroisa en cherchant où diner il jouera l’homme du monde en l’invitant,  Elle croisera Danielle Darrieu, mais une fois de retour dans la maison de Marie, où il n’y a rien no personne d’ailleurs, ses affaires on disparu et la porte n’est plus fermée à clé.. »

5 : Mythos !

Je n’ose plus bouger, j’écoute le moindre bruit, le moindre déplacement d’air, je suis un peu coincée, le souffle court, je ne pense même plus à Marie à ce moment là, je ne pense plus qu’à moi, je crois sentir une présence partout, derrière moi, il faut que je bouge, mon imagination me joue des tours, je ressors, ou alors je cours chez Emile, il m’emmera chez les flics, Je pars par où ? Je n’arrive pas à me décider il faut que je reprenne mes esprits, et j’entends une voix d’homme qui dit mon nom, « Edith… Edith t’es où… Edith c’est moi… » La voix avance vers moi,  la voix de Marcel, en reculant le long du mur je saisis une pelle et ou je ne sais quoi… Dans l’obscurité, je m’arrête et le vois passer devant de moi, je dois respirer si fort qu’il se retourne vers moi, « Ha, tu es là… » et au bord de l’hystérie je lui décoche un coup de manche sur l’épaule qui l’envoie valdinguer… Mette-vous à ma place, « Arrête, C’est moi » , Je hurle, « qu’est ce que tu fous encore là Salaud… T’approche pas »… « Edith, il ont tué Marie Sneider » la peur se change rage « fous le camp, Qu’est ce qu tu racontes.. encore tes sales histoires », je ne fais plus attention où je frappe et à force de taper dans le vide au hasard je me tords une cheville et m’affale sur le gravier devant la véranda de la maison, Marcel en profite pour me sauter dessus, là je me dis que mon heure est venue; il va me tuer à mon tour, il me retourne, « Edith laisse moi te raconter, je n’ai rien fait »… Je ne veux plus entendre ses salades, je ne sais pas ce qu’il a fait… Alors il me serre de toutes ses forces, je suis à sa merci…

« Écoute moi après je m’en vais, mais tu vas d’abord m’écouter… » Je n’ai pas trop d’autre alternatives que d’écouter. « J’ai trouvé ce boulot dans un garage porte des lilas, chez ce Lafont dont je t’avais parlé, si j’avais un boulot, tu sais bien,  on m’faisait une fleur et j’allais pas en tôle ». Je n’en peux plus d’entendre sans cesse ses histoires foireuses… Je le laisse débiter ces trucs… « Comme j’bossais bien et qu’il m’avait à la bonne quoi, il commence à me donner des boulots de chauffeurs parce qu’il  a une boite de déménagement, et qu’il met à l’abri parce que la guerre approche, du mobilier de luxe et des œuvres d’art… Tous les gusses de l’Est et les rupins de Paris. Ta tôlière, elle habitait Neuilly, boulevard Bineau, elle a revendu.. Et puis la maison de l’Est aussi elle l’a revendu, et d’où qu’il vient son pognon »? Je suis un peu prise au dépourvu, là, je ne sais pas, je ne me mêle pas de ses affaires… « Il faisait quoi son daron ? tu sais pas , j’vais te l’dire, il bossait à la banque de France et il est pas mort d’un mauvais rhume, l’or de la France à des youpins, c’est dingue,Ta Marie elle est cousue d’or, plein sa cave, sauf que le cave ils la trouvent pas»…

« Moi ce que je crois c’est que vous avez tué Marie pour ses meubles, et les revendre bandes de salauds, il me met deux gifles… Ecoute moi bien Marie, si je suis encore là, c’es qu’on a pas tout trouvè et maintenant qu’elle est morte… Hé , c’est pas moi,  Je ne sais pas comment il l’ont tué, ils ont voulu lui faire peur, et le cœur à lâché, j’en sais rien moi j’étais dans le camion, je trouvais le temps long, je suis arrivé, elle était sur une chaise, inanimée, ils l’ont prise par les pieds, et on l’a balancé à la mer, il manquait des bricoles a cause des preuves, je suis venu les rechercher et quand j’ai ouvert la valise j’ai compris que c’était tes affaires pas celle de ta patronne et il veulent aussi te buter aussi j’te f’rais dire;  Ce qui leur manque, c’est où que se trouve l’or qui a été piqué par son daron c’est un bout de celui qui est planqué en face, dans le Verdon y’a meme , Mandel le juif qui est maire par là,  regarde tu verras, ca doit partir pour les états unis… Ça va être la guerre Edith, vous alliez partir pour l’Amérique non ? Les juifs c’est comme ça, c’est des lâches, ils nous poussent à la guerre il nous piquent tout et ils se barrent »

je ne sais plus quoi dire de ce sac de nœuds, de cette histoire de complot, des horreurs qu’il raconte, de la guerre, du Marcel dans sa splendeur, il détourne tout, il me fait douter de tout, « Je ne pourrai pas les contenir, longtemps, Edith Ils savent qu’on se connaît, si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous… C’est aussi pour ça que je suis là… » Non mais là, celle la je ne sais pas où il est allé la chercher mais c’est lui le sauveur, c’est hallucinant, si ma vie est une merde sans nom, c’est lui, oui c’est lui, et il continue à m’enfoncer, là il voit que je ne débats plus, Il desserre son étreinte, se lève, et me dit où je peux le trouver, il a trouvé un petit boulot ici dans un restaurant.

Je reste étendue sur le gravier, vidée sans force, dans une confusion affolante. Il est encore en train de me pourrir le cerveau, je ne crois pas un mot de cette histoire. Le seul truc que je veux bien croire que leur superbe entreprise pleine d’avenir à mal tournée et qu’il ont tué accidentellement Marie, pire encore elle n’est peut être pas morte, on ne peut rien croire, ce sont tellement des caves, sinon comme témoin alors à mon tour, ils veulent me buter… Si Marcel voulait me buter il l’aurait fait, lui ou ses potes.. Et Lafont l’antisémite, le dingue Lafont, il y a une grande chance que toutes ses victimes soient juives, je serai prête à le parier. Il a fallu qu’il aille traîner avec ce dingue… Ce type qui est un malfrat fait mine de sauver des types de la prison et recrute sous couvert d’insertion de délinquants… J’ai envie de gerber… Il a du lire son histoire dans un bouquin ou au cinéma… Ou je suis de leur coté ou du mien mal barré… mais non je me reprends tout ça c’est du flan, à chaque fois je retombe dans le piège, c’est bidon, c’est pour me faire peur et pour éviter de balancer aux flics leurs horreurs.

Comme dit ma mère demain il fera jour du moins, je crois que je peux dormir tranquille, ce ne sera plus pour ce soir. Je monte au deuxième étage, la maison craque de tous cotés, je prends la chambre, celle avec la vue sur la mer. Une cigarette à la fenêtre, un ciel d’encre et d’étoiles, j’en avais jamais vu autant, c’est la cloche mais luxueuse pour le moment, le bruit des vagues sur les rochers au bout de la grande pelouse de ce jardin à l’anglaise, du chemin de douanier, petite brise du large, qui me donne envie de me démaquiller de me mettre en tenue super légère et m’allonger écouter la mer et caresser par le souffle délicat et humide de la mer, la peau devient fraîche, je m’évanouis à Morphée sur mer…

S01 – EP04 – Un air de vacances

0100_plan_1939

tele-7-jours-4

« Toujours sans nouvelle de Marie depuis le déménagement de Forbach, Edith qui s’est arrêtée à Neuilly sur seine, chez sa mère en charge de sa petite fille lulu, 5 ans, est de plus en plus inquiète surtout depuis la visite nocturne de sa chambre par deux hommes, elle prend le train pour Royan en promettant à sa mère et sa fille de revenir au plus vite ».

***

Oui, j’ai connu Royan, le Royan d’avant les bombardements, à un moment trouble, un mélange de peur de tout et de tous, les pacifistes qui ne voulaient plus y retourner et ceux qui s’y préparaient en donnant l’illusion du devoir. les rancœurs, les haines, elle étaient vivaces et jusqu’à Royan on se préparait à une nouvelle guerre, ma surprise, je ne m’attendais pas à voir ces sacs de sable, ces préparatifs défensifs et je ne sais quoi si loin de la frontière et ça au milieu de la foule des riches vacanciers du tout-Paris edes congés payés et des réfugiés de l’Est de la France. En 39, la fierté populaire du front de 36 s’est renversée. Marie qui pensait y échapper en quittant de gré la Moselle, enfin, de gré c’est vite dit, elle avait juste devancée l’appel. Elle serait quand bien même allée à Brest pour fuir au plus loin, que ça aurait été encore plus terrible. Pour vous faire une idée de Royan, faudrait prendre un peu de Deauville un peu de Biarritz, un brin angliche… J’avais marché un peu bêtement jusqu’à la gare routière, et j’attendais depuis un moment un car, il faisait une chaleur à crever et le ventre creux plus les émotions de la nuit passée où j’ai peine dormi dans ma chambre de bonne, surchauffée dès que le soleil pointe son nez et pour finir : le train bondé : ça n’a pas raté.

J’attendais en plein cagnard, quand un type, beau mec, en voiture, pas mal aussi, me demande si ça va et, je tombe sous ses yeux, comme une chiffe molle, dans les pommes. Ce type m’a ramassée puisque je me suis réveillée dans une petite pièce, enfin une petite dépendance, fraîche, mignonnette, une fenêtre qui donne sur un jardin ombragé, charmant qu’on se croirait dans du Proust, ou du Renoir, et une maison à quelques mètres recouverte de vigne vierge. Où suis-je vraiment, aucune idée… Un homme très chic, se réjouit en me voyant debout, se présente tout en s’enquérant de mon état avec la plus grande courtoisie, me propose aussi un morceau à grignoter et à boire, Je dois encore rêver, prince charmant et domestique, oui je dois dormir. Je n’avais pas la tête à me méfier, et lui pas la tête à être du genre méfiant, une bouffée de bonheur. Le type est scénariste, producteur, réalisateur holà, c’est une maison qui n’est pas à lui mais il y travaille tranquille sans être dérangé, sur un film, pour ses studios de cinéma de Royan. « Je connais pas », il me parle du casino, « je connais pas », beaucoup d’informations à la seconde. « Hollywood sur gironde c’est ici » qu’il me dit en riant. Et vous qu’il me demande

Du coup je lui raconte mes histoires ancillaires, ma patronne injoignable et le blabla, et que je le remercie bien, et que je suis gênée pour tout ce qu’il a fait, et qu’il me répond toutes les amabilités chrétiennes. Je lui demande où se trouve cette adresse, la maison de Marie. Coup de bol, je ne suis plus à Royan, mais dans les environs de Saint Palais sur mer, 10 bornes plus loin environ, mais heureusement ma presque destination. Coup de bambou, j’ai dormi une poignée d’heures. Il ne connaît pas la rue, mais le nom  lui rappelle le type qui a fait construire une chapelle, dans le quartier du Platin, ce n’est pas loin, quelques minutes à pied en sortant du village et en descendant vers la mer, le clocher dépasse des pins. Je récupère mes effets, et après les politesses d’usage, et je suis les indications de mon sauveur… Emile Couzinet, oui, il a fait des trucs drôles. En tout cas un type sympathique, oui. En ce temps il y en avait qui savait y faire, pis lui, dans le cinéma c’est pas les occasions qui manquent, alors il peut jouer le chevalier servant sans arrière pensée… Et puis en même temps je ne lui montrais ni ma grande forme, je ne faisais trop rêver en Mary Poppins réfugiée… Je vais voir la mer, parce qu’en 39, j’avais toujours pas vue la mer. Je devais aller en Normandie en 37, ça avait été un fiasco, la guimbarde de Marcel en rade, je rentre en bus avec la gamine qui vomit dans ce truc qui puait le fuel, le rêve : Marcel.

Les indications d’Émile me mène presque à ma destination, je tâtonne, je déduis avec les informations que j’ai. La route surplombe la descente vers la mer cachée par les pins et la dune pas bien haute, sur la droite, au garde à vous, se dresse un beau phare de carte postale rouge et blanc, qui lui se détache des pins, je ne vois pas de clocher, mais je me laisse guider, la voix du seigneur me guide ; en longeant la dune et les pins, je me laisse gagner par les parfums des chênes verts celui citronné des genets et de la sève des pins, dans la chaleur montant du sable, au loin un bruit nouveau effervescent et hypnotique, celui du ressac. Il y a quelques belles baraques de rupins quand même… A cette époque, y avait pas grand monde, quelques familles. Et là, sur ma gauche longeant un mur, une allée plonge directement vers la plage, j’en vois un petit bout a une centaine de mètres, du sable des rochers et une espèce de baraque de pécheurs avec un filet carré, je continue sous les pins, et là au détour j’aperçois une petite chapelle, blanche, notre dame des aviateurs, et je redemande mon chemin à des gens aussi paumés que moi, On n’est pas à Paris…

Du coup le chemin blanc m’emmène sur une corniche, qui tombe au bout de plage… Alors là c’est rien chouette, la première fois où tu vois la mer, tu as l’impression que plus rien ne peut t’atteindre, grand tranquille, pas de recoins tarabiscotés labyrinthiques de la ville, enfin voir loin, ha voir loin, ça c’est dingue, c’est philosophique ça voir loin, et comme on est à l’embouchure de la Gironde maintenant je le sais, on voit le Verdon en face, comme une « terra incognita », et un autre phare en pleine mer, alors là c’est pas banal ça , les baigneurs, les gamins, les voix et les cris des jeux d’eau, je me sens un peu exploratrice espagnole découvrant le paradis sur terre,

Je prends un chemin de douanier longeant la cote, qui entre sous des chênes verts, en passant un pont, le sol en contre bas est jonché de coquille blanche. Sur ma droite une allée ombragée de grands arbres, je préfère continuer devant moi sur le chemin de douanier, les troncs d’arbres sont soutenus par des pierres, couchés par les vents du large, je longe un muret surmonté d’un petit grillage en croisillons, je ressors dans ce petit bosquet et s’ouvre à moi l’immensité du large devant, il n’y a plus rien d’autre que la mer à perte de vue, forte, massive imposante, et sur la droite derrière le muret, une grande pelouse, au fond une propriété, colombages rouges basque, toiture de manoir anglais, Maison du 19ème que je reconnais, pour l’avoir vue en photo, Marie m’a expliquée en large et en travers…, un autre petit pont ; il y a bien une petite porte qui donne accès à une petite crique vraiment minuscule au bout de la propriété, mais je n’y ai pas accès,j e ne vais pas avec ma valdingue crapahuté dans les rochers. Et à quelques dizaines de mètres sur ce chemin de douanier, le muret laisse une ouverture sur une petite porte qui donne accès à la pelouse, cette porte de jardin n’est pas fermée à clé, j’entre, et longeant des arbustes un peu inquiétant je m’approche de la maison.

Une grande pelouse anglaise s’ouvre sur la mer, et donne certainement de la maison une vue imprenable, mais pour le moment l’accueil est plutôt froid. j’entre par la véranda qui ressemble à un salon de thé abandonné. J’appelle…. Personne. Si les poussières m’attendaient, il en manque par endroit, on est venu ici, il y a quelques fauteuils dont on a retiré les draps blancs, je deviens malgré moi, une Miss Marple, j’appelle encore, rien. Vide, je me risque à l’étage, il y fait presque trop frais, je passe les chambres, les salons, il persiste une odeur d’humidité et de baraque qui n’a pas pris la lumière… Et en passant, devant la salle de bain, dans l’embrasure en reflet du miroir, mon souffle se coupe, j’ouvre et je vois le sac à main de Marie, posé là, intrus total, je regarde dedans, tout y est, mais tout, enfin tout ce que je crois reconnaître d’elle. Là oui je peux imaginer le pire. Elle est donc passé ici, ou alors elle n’est pas loin, mais les meubles, je fais toutes les armoires des chambres tout est vide et d’ailleurs rien n’a été ouvert. Cette baraque commence à me foutre les j’tons, je retourne dans la salle de bain, j’ose à peine prendre le sac de Marie, je monte au deuxième étage, les chambres sont un peu plus petites mais la vue, c’est peut être la mienne qui sait.. Soit, je prends mes quartiers ici, soit, un petit hôtel mais où ? Soit je retourne chez mon bon samaritain.

L’électricité marche et l’eau aussi… chaude ? Oui… Un bain, je me fait couler un bain, et me met plus qu’à l’aise… Pas de voisinage, personne, pendant que le bain coule, je descends piquer une jolie robe légère et du blanc tout frais dans ma valise, Enfin fraîche, il y a un peu de maquillage de Marie, son rouge, j’ai quelques trucs à moi, et son parfum, juste un peu. Et je joue à la châtelaine, je prends les clés que je fourre dans mon sac et d’après ce que m’a dit Emile, il y a un patelin pas loin… un petit kilomètre en revanche, je connais pas, donc par la route… J’entends klaxonner et voit rigolard Emile décidément, « j’ai hésité à klaxonner de peur de vous faire tomber dans les pommes une nouvelle fois, allez montez  vous allez où ? » Bin je bredouille un machin qu’il interrompt « Je ne peux pas vous laisser dîner seule allez venez ».

Je ne refuse pas longtemps. Dans la voiture je lui raconte, toute ma petite installation, je joue les bravaches en disant que tout est normal, je ne raconte rien du sac à main… En me tapota nt la cuisse gentiment « Ne vous inquiétez nous ne dinons pas en tête a tête il y a quelques amis et vous êtes mon invitée… » La vache valait mieux pas que je sois invitée, le restaurant rien que ça et là alors là j’en suis restée Baba…. Danielle Darrieu, bin ouais elle a une maison avec Decoin…. Ha oui Darrieu, pour vous ça ne vous parle plus, mais la coqueluche de Paris là. Ca se chicanait un peu avec Decoin, et voilà qu’on me parle ; et où êtes vous descendue ou je ne sais quoi, alors vous êtes une amie d’Emile, et faites attention, s’il vous propose de faire du cinéma, vous êtes sauvée dit elle en éclatant de rire. C’est pour ça que je viens avec mon mari. J’ai tellement vue Marie et son art de la conversation, que finalement, les grands thèmes, un peu d’esprit, on retient quelques phrases, quelques mécanismes, et je me suis risquée à un bon mot sur les hommes puis Madame Darrieu a ri de ce bon mot qui fit mouche, et elle était une peu grise. Henri Decoin c’était un beau mecton aussi… Elle avait une baraque vers Nauzan, où on a fini la soirée. Je redoutais un peu qu’Émile en me raccompagnant, on avait tous bien bu, j’voyais le coup arrivé… Et puis non, la classe, il m’a laissé sa carte, en m’invitant à venir voir les studios de cinéma.. . Le téléphone des studios, il y est tous les jours… Mouais, « gentil n’a qu’un œil me disait maman »

J’avais fermé à clé comme, je suis sure d’avoir fermé à clé, et d’avoir laissé ma valise dans le petit salon… Plus de valise, et pour faire chic j’avais le sac à Main de Marie, le mien n’est pas vraiment fait pour sortir. Mon sac et ma valise volatilisés..

(A suivre)

S01 – EP03 – Filer à l’anglaise

TL1940_03

Une fois que ce petit monde avait pris congé, avec Lulu, j’ai fait un p’tit tour jusqu’à l’acclimatation, il était pas si tard, et puis ça me permettra de passer ce foutu coup de téléphone. Pour Lulu c’est la super journée, le matin, la répétition du 14 Juillet, l’après midi, la glace en cornet au jardin d’acclimatation, sa maman rien que pour elle, les ours, les éléphants et le pain pour les canards, très important, et c’est marrant comme quoi, le Guignol et les gamins qui braillent, elle trouve ça débile, Ha bin Guignol c’est déjà la télé et les cons devant, La foule dans toute sa splendeur. De plus, je l’ai vue et de près les crétins à tondeuse, les grands gnafrons libérateurs, je sais de quoi je parle, j’y ai eu droit, comme dit la chanson, pour avoir couché avec le roi de Prusse, on m’a tondue le crane rasibus. On était deux, l’autre, elle bossait dans une maison close, elle citait du Arletty, elle avait pas le trac, « mon cul il est international », fallait voir comme, mais dans notre malheur on a eu chaud ils ne nous avaient ni foutues à poil, ni butées… C’est maman qui m’avait achetée la perruque chez un type à Paris. Mais avec mon boche ,Siegfried, c’était l’amour le vrai, je dis mais, parce qu’il y a toujours un mais, j’ai bien essayé d’aller vivre en Allemagne, il était de Munich, un accord de Munich de plus, Et puis le temps que, un coup oui, un coup non, bin il est mort en 48… une pneumonie foudroyante j’ai jamais bien su.

Je suis désolée de prendre autant de temps à raconter l’essentiel mais de me replonger dans ce moment.. Donc, comme il faisait pas mal chaud, j’avais pris le maillot de bain de Lulu, en ce temps, il y avait une pataugeoire, genre un peu thermes romains, en mosaïque bleue piscine, bin devant le guignol tiens, si vous connaissez un peu les lieux, mais elle n’existe plus. Et là, comme divertissement c’est différent, c’est un joyeux bazar de gamins qui cavalent, éclaboussent, ça piaille ça vit quoi. Et puis à l’âge de Lulu, les gamins c’est des piles, jamais fatigués, c’est dingue, une glace avec le cornet gaufré et ça repart pour 8 heures de cavalcade… On rentre tranquillement, je m’arrête dans un bistrot téléphoner et personne au bout du fil, « comme de bien entendu »

Autant je me rappelle bien cette journée parce que, le jardin d’acclimatation j’en ai bouffé, même gamine, que le soir après, faut dire j’étais un peu cassée aussi, je ne me souviens plus de grands choses, et puis ça date cette histoire, ha si, Lulu est tombée la tête première dans sa purée. Je m’en souviens comme si c’était hier, parce que ça nous avait foutu les jetons, on s’était même demandé si elle avait pas fait un malaise, comme si elle s’évanouissait, Pan, pis non juste la fatigue, surtout que, l’après midi dans la cour, avec les gosses de Georgette ils chahutaient et elle était tombée sur la tête, alors du coup, pendant un moment… Non elle était juste épuisée. Et je monte dans ma piaule et je dois dormir, quoi une heure ou deux, quand je suis bien fatiguée, bien sur les nerfs, je fais des espèces de sieste quoi, j’me réveille, il fait nuit, vaseuse, je ne sais pas trop l’heure, pis comme ça a bien tapé qu’il fait pas mal chaud dans la carré sous le zinc, je manque un peu d’air et j’vais sur les toit me fumer une cigarette. Encore une petit tour d’escalier et j’ai pris la clé du paradis, celui du théâtre ouais. j’avais un peu prévu mon coup et puis j’adore ce petit nid. Ha, si j’en faisais un tableau ça vaudrait pas un clou, y ‘a des trucs, c’est pas la peine d’y toucher. Les étoiles, les toits de Paris, les fenêtres allumées par ci par là…

Et puis la gamberge reprend le dessus, en voyant loin en face un voisin se brosser les dents en caleçon, mais ce silence devient pesant. Pas de Marie, je me refais l’histoire dans tous les sens et c’est surtout parce que l’autre traînait là-bas, le Marcel comme il est pas clair, il ne traîne jamais dans un coin par hasard, et puis de lui non plus, pas de nouvelles, du moins, Maman ne l’a pas vu certes, mais bon Maman c’est pas les renseignements généraux non plus. Quoique qu’entre bignoles, tout circule. Et mon petit vélo qui tourne dans la cafetière, je me fais des nœuds, le On est temps qu’il faut pour aller là bas.., on est le 8, je dois devais redescendre le 10, et pour remonter le 14 Et si je ne peux pas décaler mon arrivée quitte à revenir du coup Pour Lulu le 14 du coup, j’aimerai aussi mettre ça au point, quand Lulu pourra venir, La rentrée c’est en Octobre, est ce que je pourrais quand même même si elle est encore petite, lui trouver une place ? Ou j’vais chez les flics… Mais les flics d’où ? Pour leur dire quoi, que celui qui me fout des danses a disparu avec ma taulière ? et que je m’inquiète? Ils vont bien se marrer à la R’nifle. Bin ils me connaissent un peu ici. Ou alors un télégramme, et pourquoi pas un pigeon voyageur, mais pour venir à la gare me chercher, bon ça va j’ai une valise, avec d’ailleurs pas grand chose dedans, j’ai toutes mes affaires qui sont parties aussi. Quoique, elle sera peut être là à la gare, j’me fais du mauvais sang pour rien.

Et là, au lieu de tergiverser j’vais pour retourner dormir, j’avais laissé le panneau de la trappe du toit rabattu complètement, et je crois entendre des bribes de voix basses, du mouvement quoi, en bonne fille de concierge, je jette un œil, et je vois deux formes sur le palier ; l’escalier de service est ouvert sur la cour, et je vois deux hommes de dos. D’avoir ressassé mes histoires, et de me faire peur toute seule, j’me dis que c’est pour moi, et les deux types font quelques pas dans le couloir, là je ne les vois plus, mais ça chuchote, je reconnais le bruit de ma porte, j’ai le palpitant qui monte direct à deux cents, surtout que j’entends que ça bouge et que ça palabre, il pensait m’y trouver, et un de deux types est de nouveau sur le palier, et là il risque de me voir, Je ne sais plus quoi faire, bouger ? Pas bouger? La seconde où je reste tétaniser me semble durer une éternité. Et là, la clé, la trappe, j’me dis que si je ferme d’un coup avec un coup de clés, ca va faire du raffut de tous les diables. Alors je soulève doucement le battant, je serre de mes mains pour éviter le moindre bruit, mais je ne peux pas aller vite le moindre grincement… Je pose délicatement la trappe, mes mains tremblent tellement et j’ai le souffle si court, que prendre la clé dans la poche de ma robe devient un geste compliqué. je boucle le toit, crispée sur la clé, je reste un moment à reprendre mon souffle pour juste éviter de hurler de panique. Le toit forme un angle et à l’angle il y a une coupole, encore éclairée, je me dis que si je tape au carreau ils vont m’ouvrir, comme il fait chaud, il y a même un panneau d’ouvert, mais j’ai tellement peur que je ne peux pas sauter dans l’appartement en contre bas. Je me planque derrière un bloc de cheminées juste pour reprendre mes esprits.

Je suis partagée entre mon imagination galopante, mes terreurs nocturnes, et la raison. Je reste un moment là, ce coup d’adrénaline me donne des vertiges… Bon j’me relève et je retourne à la trappe discrètement, je fais comme les indiens dans les westerns je colle mon oreille et j’essaye d’entendre je ne sais quoi… Incidemment rien, je ne suis pas une indienne, et ils ne font pas une surprise-party en dessous. Et mon cœur semble éclaté quand je sens qu’on manœuvre le serrure heureusement sans succès. Je reste à essayer d’écouter. Prendre mon courage à deux mains, enfin à deux doigts que je crispe sur la clé pour ouvrir le plus silencieusement possible la serrure. Non mauvaise idée, en revanche il y a une autre trappe à l’autre extrémité du toit. la coupole du toit à l’angle est encore allumée à cette heure tardive, et pareil je rejoue l’indienne, en me disant personne. C’est la même serrure, et dans un silence de chat j’ouvre que je crois manquer d’air, je descends en laissant ouvert derrière moi la trappe, s’il faut cavaler.. Pour redescendre, il n’y a qu’une seul issue, l’escalier de service, je descends jusqu’à l’angle du couloir, ma chambre est évidemment la dernière, je ne vois rien. .. Il n’y a pas un bruit, je préférerai les voir. Ha mais, je suis bête, je reprends un peu mes esprits, et si j’allais au bout du toit, qui surplombe la cour intérieur, je verrais la fenêtre de la chambre et l’escalier de service. Je remonte, et là comme je vais pas mal au cinéma avec des garçons, des films de gangster j’en ai vu.. je me dis que je risque de me faire voir, debout sur le toits, Les lumières de la ville et le clair de lune.. je rampe, je me mets dans un état, mais bon jusqu’à voir ma fenêtre… Et là comme en 14, ils allument une cigarette, ils ne sont que deux, c’est le troisième parait-il qui se faisait buter, et le troisième à ce moment ce serait plutôt moi,

J’hésite a faire comme dans les films de guerre, vous savez, on balance une pièce de monnaie ou n’importe quoi pour attirer l’attention du méchant qui est toujours très con. Et si ils n’étaient pas si cons ?L’imbécile c’est bien celui qui regarde le doigt. Le coup de caillou, non, juste je regarde.. Je vois pas leurs têtes, casquettes et chapeaux mous qui cachent les visages. Toutes les fenêtres sont ouvertes il fait une chaleur caniculaire, je pourrais ameuter le quartier, j’ai ça pour moi. Peut être qu’il sont connus ici… Marcel ? Non ça n’a pas de sens … Les données ne sont plus les mêmes. Que s’est-il passé pour qu’on vienne jusqu’ici ? L’apparition de Marcel à Forbach ? Parce que là ce ne sont pas les flics qui viennent me poser des questions sur lui. Non là je crains pour mon intégrité physique comme on dit.

Mais çà bouge et je vois de ma vigie les deux types prendre l’escalier de service. À chaque étage je me penche un peu plus ; ils traversent la cour et je les vois disparaître vers la porte qui mène à la porte du hall.. ils ressortent par là certes, mais pour entrer, il faut sonner Maman. Je reste un moment encore, ils ne me trouvent pas assez désirable pour me faire la cour si longtemps. Je descends vérifier qu’il n’y a plus personne et je remonte dans ma piaule qui empeste une odeur de tabac turc. J’ai une espèce de crise d’angoisse de larmes qui monte, je crois devenir dingue et sur le matin Je m’endors recroqueviller dos au mur..

Je suis vite réveillée par la lumière et la température qui remonte, mais j’ai dormi assez pour me remettre les idées en place… Ma robe est en un piteux état, de m’être trainée sur les toits bulants cette nuit je suis noire de poussière de suie, de tout… J’ai deux trois bricoles dans ma valise. Le brin de toilette s’impose et changer de tenue me fait un moment oublier le truc bizarre d’hier soir. Je ne veux pas mettre en panique tout le monde, fraîche et belle, je descends pour le café.. J’entre par la petite porte.. Ma Lulu avale une tartine plus grande qu’elle devant un immense bol de chocolat, je l’embrasse et Maman qui bricole dans la cuisine… Café ? Et je commence l’air de rien à poser mes petites questions, « qui que quoi dont ou, mais ou est donc ornicar… » Ma mère me demande ce qui ne va pas.. Lulu, elle, veut connaître le programme marathonien de sa journée et je sens en moi monter le question du départ, et fissa..

Mais il faut expliquer rapidement à tout mon petit monde en faisant une promesse de revenir, de faire juste un aller et retour, et de promettre à Lulu que je serai là en lieu et place dans quelques jours pour elle. Pendant que Lulu, est occupée à je ne sais plus quoi, je raconte les détails à Maman qui lui glacent le sang… Par où sont ils rentrés ? Elle est sûr de ne laisser entrer personne. Alors elle penche la tête et les quelques commerces de l’immeuble ont pour deux boutiques accès à la cour intérieure, pour les poubelles et une remise. Une droguerie et le café… Ce dingue de Marcel est donc dans le coup ? Des deux, ce n’était pas lui, j’en suis sur.

Pour partir d’ici, Le métro c’est pas la porte à coté… De toutes façons je devais prendre ce foutu, train et peut être que ceux qui me cherchent le savent… Calme, Il y a encore le vélo du père dans un débarras de la cour. Je monte prendre ma valise, il faut avec Lulu, faire montre de toute de ma perspicacité même si elle a l’habitude de me voir disparaître, Je laisserai le vélo au métro des Sablons, Maman pourra le récupérer si on le fauche pas, les vélos, ça devenait une denrée précieuse. Maman sort, elle cause mine de rien avec avec la bignole d’à coté, j’attends dans le hall elle me fait un petit signe de la main qu’il n’y a personne, je sors en vitesse , et je remonte toute la rue de Chezy, fermement, jusqu’au métro. jusqu’à Austerlitz, la gare. La descente à Royan ce sera un peu longuet … mais tout roule, j’ai un train, j’ai juste mon café du matin et j’ai faim. Quand je pose un pied à la gare de Royan, la montre joue contre moi, c’est l’argent. La semaine de vacances et les congés payés, tu parles.

(A Suivre)

S01-EP02 – Neuilly Ma Mère

img-4-small480.jpg

Ma mère ne s’attendant pas à me voir, alors, comme lorsqu’un étranger entre dans l’immeuble, elle sort de sa loge avec l’exacte habitude de s’essuyer les mains dans son tablier en dodelinant comme une oie anglaise, pour lutter contre le clair obscur du hall qui silhouette le visiteur. Et quand elle reconnaissait quelqu’un maman, poussait alors une sorte de hululement d’oiseau aigu qui emplissait tout le hall, ce qui ne manqua pas quand elle me reconnut… Premier bonjour, premier reproche, « Tu pourrais prévenir quand même ». Dans la loge, tout est à sa place, les clés sur le tableau, le bahut vaisselier,à gauche, la boite de Pulmoll y est aussi, l’énorme table art déco au milieu, le miroir bien encadré par Papa, le fauteuil du père contre le mur face de la double porte de la loge, celle qui donne sur la cour, les fleurs de maman et les cannes à pèche de papa dans le réduit à vélos au fond de la cour. Je récite, c’est du par cœur.

Bref… Maman a pris désormais, la place de papa sur le fauteuil mais dans le cendrier sur LE guéridon, il y a un fourbi de tubinos, de dés à coudre, d’épingles, dessous le tricot et ses revues sur le grand monde couronné et « l’action française ». Il aurait été difficile que je pose « l’Humanité » à coté. En revanche dans la chambre, les deux lits celui de Lulu et de maman on se croirait chez boucle d’or et nouveauté, on lui a donné une radio ? Rien que ça ? « C’est les Chartier, ils s’en vont au Canada, ils m’ont laissé le poste, avec tout ce que j’ai fait pour eux» elle se justifie toujours, Ha oui, même quand on est de passage, c’est de l’introspection, le moindre recoin je le connais, la moindre poussière je sais d’où elle descend, et je me vois dans le grand miroir, 21 ans, l’air de la Moselle m’a bien requinquée… « Bin Où est Lulu ? » « Lulu ? Elle prépare le 14 Juillet », ils ont prévu un truc avec 50 000 gosses, et elle répète ça avec les enfants de Georgette, l’amie de maman, et on pourra la voir défiler parce que la patronne de Georgette a un appartement sur les champs Elysées, et on pourra être à la fenêtre et blablabla, spour l’anecdote,, il y en a eu des moins regardants qui ont loués leurs fenêtres 300 voire 400 Francs, même les caisses à savons étaient vendues 20 balles. « La plus grande armée du monde, celle de 14, tuuuu t’rends compte  et y’aura les angliches, tu seras là le 14 ? » La question qui renverse la table et dieu sait qu’elle est lourde, surtout que dans le canard je venais de voir en écoutant ma mère, un article important sur le tour de France qui commençait quelques jours après mon arrivée. En regardant bêtement le parcours du Tour, je vois qu’il y a une étape qui passe par Royan, Marie m’avait dit qu’on irait voir passer les coureurs…

Marie… Il faut que je téléphone, du coup ça ravive mon inquiétude. Je regarde le calendrier des P&T avec un beau paysage des Pyrénées, le 15 juillet, le Tour arrive à Royan et repart le 17 vers Bordeaux, Donc, je pourrais être là pur Lulu le 14. « Tiens tu t’intéresses aux coureurs maintenant ? pfff ». Une idée en appelant une autre, on convoque le bavardage sur Marcel, le « père » de Lulu, qui avait un beau vélo et j’ai eu droit ensuite avec tout l’amour maternelle, au laïus, sur Marcel, sur les hommes, Tenir une semaine… Au bout d’une heure déjà… Je monte mes affaires dans la chambre de bonne, une carrée sous les toits, lumineuse, contrairement à l’obscurité et l’humidité de la loge, la chambre de bonne, entre ciel et terre, me donne un peu d’air et de soleil. Je reprends mon souffle.

Comme quand j’étais gamine, j’ai pris la clé qui ouvre sur les toits. Là c’est magique, on se transforme en chat. Surtout l’été quand le zinc a bien chauffé, prendre l’air tiède sur les toits la nuit, les lumières, les bruits de la ville, c’est cliché, mais… La chambre de bonne, blanche en plein soleil, un lit, une table, une armoire, une chaise, et le nécessaire à toilette, du van gogh quoi, prêt à colorier. Pour le reste, c’est sur le palier. L’hiver fallait casser la glace dans les toilettes. Je me pose et je mets mes deux trois affaires dans l’armoire. Lulu ne dort pas là toute seule et je n’y tiendrais pas, c’est la chambre où je suis tombée enceinte. Le compte est vite fait, 21 ans, majeure et vaccinée, et Lulu a 5ans… Peut être parce qu’il reste des trucs bizarres, les mômes ça sent des trucs ; moi, j’avais peur de la cave, pas de la cave vraiment mais juste l’escalier qui tourne dans le noir, une fois dans la cave ,il y avait l’atelier du père, qui faisait de l’encadrement, un atelier avec des tableaux qui traînaient, il restaurait des trucs pour des rupins du quartier. Des trésors sont passés par cette cave. c’est lui qui m’a donné ce petit œil. Il barbouillait un peu, mais préférait la pêche à la ligne. Tout en divagant, j’entends hululer depuis la cour, je me penche à la fenêtre, ma mère est dans la cour en bas, je descends par l’escalier de service, « Houhouuuuu Edith, viens manger », J’ai 8 ans… J’ai 16 ans…

Lulu n’est pas là, Marie n’est pas là, et c’est parti, à table, ma mère qui me reparle de Marcel, plus le train, bondé de familles qu’on expulse et des congés payés dans la chaleur, l’énervement, les mômes.Le monde entier qui cherche sa place.  Une cohue digne d’un dessin de Dubout, la fin du front populaire et la fin des haricots, je suis barbouillée. Marcel, puisqu’on en parle : parlons en, c’est le père de Lucienne, « Lulu », le père c’est un bien grand mot pour ce tordu. Et le pire, dans cette histoire, devinez qui je vois débarquer des camions de déménagements à Forbach ? La société de déménagement de Marcel et qui conduit un des camions en personne ? Marcel. Il est partout , Paris, Forbach, Royan. Marcel, Marcel Marcel, C’était pas un déménagement simple, il fallait trouver une boite qui savait faire ce boulot et pan celle où travaille Marcel, tout sourire. C’était lui, un des tauliers, une grosse société qui avait des garages et des trucs de déménagement et lui il s’occupait d’une de ces boites. Avec ce genre de types, là il n’y a pas de coïncidences non plus Et il est là, et je t’emballe les trucs, surtout que c’est du mobilier qui va au musée, des tableaux de maîtres, La fortune de Marie dans les mains et le bon vouloir de Marcel, je n’y crois pas. Un effroi me traversait. Il connait où est la maison de Royan alors et le silence radio… J’ai cru me trouver mal,  faut qu’il vienne fouiner jusqu’ici, partout, Le problème avec ces dingues, c’est que jamais il ne vous laisse en paix. Il a fini par savoir que j’avais quitté Neuilly, et c’était encore un mec de sa bande de dégénérés qui avait du baver où je me planquais. Si Marie ne m’avait pas accueillie et cachée je serai sûrement morte.

Pour tomber enceinte, ha il n’aura pas fallu des centaines d’essais, une seule et unique fois. Mais pour se marier, faut de l’amour au moins au début, c’est ce qu’est marqué dans les bouquins. il était hors de question que j’épouse ce salaud, parce que pour le consentement mutuel, au début y’a pas d’autres choix. Vous connaissez la chanson de Tino Rossi, « O catarineta bella.. » Non mais le couplet, c’est déjà un refrain « Tu n’as que seize ans et faut voir comme, tu affoles déjà tous les hommeuus », La chanson dit aussi qu’il ne faut pas trop attendre. Moi j’ai dit non, pas questions de se marier. une horreur, il me suivait partout, ou me faisait suivre, me harcelait, fallait étouffer le scandale, le déni au début, se cacher, j’ai essayé de le faire passer mais je n’ai pas pu, une bonne femme à Paris dans le Xvème, quand je l’ai vue déballer son attirail, je suis partie en courant et j’ai avoué mon péché, mon ange je me le garde. Le blanc c’est pas ma couleur. Il m’aurait peut être tuée, si je n’étais pas partie, un regard de fou. Le père, quel père ?… Je ne pouvais même pas être la mère, enfin là, j’ai 21 ans ça change, majeure et vaccinée, Lulu par ici la bonne soupe. J’me croyais à l’abri de tout.

Marie était peut être passée par Paris, du coup je demandais à Maman, si elle avait vu Marie ces temps ci à Neuilly. La maison était louée, mais les gens partis, elle ne l’a pas vue. C’est Ernest qui a les clés… Ernest lui, c’est le tonton, qui fabrique sa voiture tout seul, voyez le genre, pour aller en vacances à Biarritz, il a surtout bronzé des guibolles, il a passé son été 38 dessous à la bricoler, Enfin, Et où je peux téléphoner ? Bin, le café, à coté où papa allait boire son absinthe, ils ont le téléphone. Je regarde Maman, j’hallucine… Chez le père de Marcel donc. NON. Et tant qu’à faire, je vais le croiser en plus et aller au bal aussi ? « le baveau Mavarçavel », c’est du javanais, une réplique de « Fric-Frac », je l’ai vu avec Marie et deux copains homos, ça faisait moins louche pour sortir en ville . Arletty, Michel Simon et Fernandel. Ça c’était des acteurs. Plutôt crever que d’aller au bistrot d’à coté, j’irai me promener avec Lulu, il y en a un autre place Sainte foix, j’irai ailleurs. C’est pas les bistrots qui manquent.

Et pendant que je ressasse mon mal de mère, j’entends la voix de maman «  Houuuuuuuu, mais qui voilaaaaa » en frottant ses mains dans son tablier,  une agitation près de la porte de la loge, la porte de l’immeuble, le claquement de la serrure, c’est comme si c’est moi que l’avait fabriquée, j’en connais tous les bruits de son rouage ; toute une petite troupe dont les voix résonnent dans le hall et je reconnais la voix de Lulu… Lucienne, présentation : Petite robe d’été à fleurs, petits vernis qui ont pris la poussière et soquettes, bouclettes brunes et les yeux comme des boutons de bottines. on est un gênées toutes les deux, une cocarde bleue blanc rouge comme broche et le petit drapeau, je crois que c’est moi qui pleure la première.

Lulu est un peu distante, normal, pendant 10 minutes, ensuite c’est l’avalanche de questions. Alors je lui rereraconte la nouvelle vie qui nous attend, la grande maison au bord de la mer, Marie ? J’ai une photo, mais là haut, dans ma valise, une maison, rien que pour nous, plein de nouveaux amis, je lui vends du rêve, et c’est gagné, c’est ma mère qui braille, cette bonne nouvelle, en est une mauvaise pour elle, et être plus seule que jamais, en écrasant une larme discrètement, « Ho c’est pas fait », le don de mettre en valeur tous mes beaux projets. Lucienne me raconte en détail le prochain défilé, sort les dessins qu’elle m’a faits. Elle sort le jeu de petits chevaux, Georgette est là, on prend le café, un des derniers avant le National du Maréchal, et tout d’un coup, dans cette ambiance de famille recomposée, les enfants de Georgette, les conversations de banalités, savoir si les femmes doivent montrer ou pas leurs mollets quand elles font du tandem, le rayon de soleil qui passe la porte de la cour, les gamins qui cavalent, ma mère qui râle parce qu’ils jouent avec les boutons des pétunias « poc » et cirent dans la cour et Lulu sur mes genoux, je serai à Paris le 14 mais je dois téléphoner.

A SUIVRE…
©MOI – Chance Unique – 2019

S01-EP01 – Prologue – Forbach-Neuilly

 

Pour téléphoner, c’est simple, enfin quand je dis c’est simple, c’est un quart d’heure de vélo, facile, parce que ça descend, pour commencer, descendre jusqu’à Forbach, aller à la poste, au café, un ami, un voisin et quitte à poireauter, le café fera l’affaire. Pour la petite histoire, quand on a demandé le téléphone, ils sont venus tout de suite, le lendemain quoi. Deux beaux mecs des P&T, en revanche, pour avoir la ligne, faut attendre encore bien une année au moins, c’est simple, quand je n’ai plus eu de nouvelles de Marie, c’est en juillet 39, et le téléphone, ils sont venus poser le combiné… Je suis arrivée, fin 37, au printemps 38 par là. Et encore je ne savais même pas si le téléphone de la maison de Royan marchait c’est pas à Royan c’est à coté, encore plus paumé. Moi qui suis de Neuilly, alors Forbach c’est Moscou. C’était un choc, la fête à Neuneu, c’est dans la forêt de la Moselle maintenant, non mais surtout j’avais un boulot, merci mon dieu. Alors même à Zanzibar, je prenais.

Fille mère, ça fait mauvais genre, coco, c’est encore pire, si je ne trouvais pas de boulot, enfin on entendait dire tout et n’importe quoi à l’époque, que je risquais de me retrouver dans un camp de femmes, avec les juives, les filles de joie. C’est une copine à maman qu’est de Courbevoie, qui fait des ménages avec elle pour les rupins de Neuilly, qui lui a raconté que sa fille, elle était dans un camp à la montagne je sais plus trop bien où. Elle a bien demandé aux rupins pour qui elle bossait, de faire un truc pour la fille, mais comme elle aurait dit à l’usine où elle bossait, chez Renault, des trucs un peu salées à cause du rendement, que ça à mal tourné et que le taulier l’aurait virée et un peu poussée du coté du commissariat d’arrondissement si vous voyez le genre. Alors Pour sa mère bin c’est une semaine à 70 francs qui se fait la malle aussi, et la mère fallait qu’elle se fasse des travaux de couture en plus. C’est pas la pension de veuve qui lui ramène grand chose.

Bon bref on s’en fout. Le téléphone, oui, donc, bizarre de pas avoir de nouvelles de Marie, ceci dit, le temps décrire une lettre puis qu’elle arrive et que je lui réponde. Une semaine c’est longuet quand même c’est un peu idiot que j’me fasse du mauvais sang que j’me dis. Mais bon ça tourne dans ma tête, et si, et si et re si. Du coup c’est maman, qui garde la petite, j’vais à Paris de temps en temps, et puis avec Marie on s’était dit qu’à Royan ce serait plus simple, c’est grand, j ‘aurai une petite maison pour moi, donc Marie m’avait dit qu’après tout, je pourrai la prendre avec moi. Elle tenait pas trop à ce qu’on habite ensemble, On est en 39… Déjà fille mère, on rajoute les cocos, alors si en plus on se trimbale bras dessus, bras dessous, et qu’on se roulent des galoches avec la gamine dans le landau, surtout qu’en plus Marie elle à moitié juive, comment qu’elle me disait, une mieschlieg, un truc en allemand, deja allemand, juive, lesbiennes,communistes, bonniches, c’est maman qu’est bretonne, c’est pour ça que les bonniches c’est l’héritage. Oui, le téléphone, j’avais que ça, alors j’mens sers bien sûr pour étancher mes anxiété, tu penses Hortense, Et là Rien pas de réponse, enfin on me passe personne. Ca commence un peu à pincer. Panique à bord carrément.

C’est bête de m’inquiéter, mais la baraque est vide, on se barre, et elle est partie avec les meubles, ce qui est normal pour un déménagement. je me raisonne comme je peux, j’me fais mon blabla, j’ai mon billet de train, tout ça va rentrer dans l’ordre. mais quand même, un peu de sous, j’dois avoir allez, 400 francs à tout casser, mon mois, moins ce que j’dois filer à maman quand je passerai à Paris du coup, parce que oui je passe par Paris allez je comptais sur 200 francs. Ca va, si c’est quelques jours, si il y a un souci. Bon j’arrête de penser à tout ça. Et puis toutes les angoisses qui remontent d’un coup. La maison est vide, elle est à vendre, elle st pas vendue non plus, avec les bruits qui courent, tout ça pour faire baisser les prix de l’immobilier j’me dis, fanfaronne mais il y a un mauvais pressentiment dans l’air, Hitler il la fera pas la guerre, bref je me rassure avec n’importe quoi, Comme experte en géopolitique on a fait mieux, et à l’époque on a même fait pire.

je reste comme ça deux ou trois jours de plus avant de fermer la maison, je ne sais plus qui devait passer, c’est que ça fait un moment. Surtout que dans la région à part deux, trois amis, on n’est pas super bien vues les « goudous youpines », ça y va bon train, oui on a du s’faire griller bêtement ou ça à causé. Dans les bleds ils aiment ça causer, mais en ce temps de préhistoire,ce genre de vérités c’est pathologique et psychiatrique, tant que Marie est là ça va, mais moi toute seule chez les sangliers je vais me faire bouffer toute crue.

En passant par Paris j’avais le temps de passer chez maman parce que je repartais par la gare d’Austerlitz que le lendemain, j’pouvais passer à la loge, à Neuilly, et puis comme ça je voyais la mouflette, j’donnerai le mandat à maman en plus, enfin, tout bien quoi. J’idéalisais un peu tout ça, Marie avait le chic pour me vendre du rêve. Pas que du rêve d’ailleurs, parce qu’on partait vraiment au bord de la mer, mon rêve de gosse, mais là, il y avait mammouth sous pâquerette.

Rien que le voyage en train, Juillet 39, je ne suis pas là seule à partir et quand je dis « partir », c’est pas pour les vacances, la zone rouge, « il faut quitter l’Est de la France, messieurs dames » on leur avait dit avec Trente kilos de bagages, un truc pour partir une semaine quoi… Les valises, les trains…la mode de l’époque Et en fait de rêve, on fait comme tout le monde, je pars en Charente inférieure comme les autres pékins,comme les alsaciens qui partent dans le Périgord, c’est peut être pour ça qu’il y a du foie gras dans le Périgord.. « Ne Vous inquiétez pas, nos pioupious gardent les maisons, partez sans crainte », mes genoux ouais ! Et puis, Les amis de Marie, nous disent que déjà c’est le début de la mobilisation, ça commence pas en 40, mais par les fonctionnaires, bien avant, Octobre 38. A Paris tout va bien, tout est beau, c’est vrai que l’ambiance à la frontière, le temps se couvre. Non mais 20 ans après… Pour Marie d’ailleurs c’est trop je vous raconterai, Royan, au moins ça change et puis la cote ouest, on n’a jamais vu les allemands là bas.

Ha Paris. Quand j’mets un pied à Paris,je suis un peu chez moi, l’odeur de Métro, c’est comme un champ de fleurs. Terminus, Pont de Neuilly et puis je me prends le chemin des écoliers pour aller rue de Chézy, je longe un peu les quais de seine, C’est par là que commence le Ventre de Paris de Zola, ils traversent le pont de Neuilly pour aller aux halles. Puteaux, Suresnes, l’île de la jatte, je ferai un détour, il ne vaut mieux traîner là surtout, pour une femme, mais c’est le boulevard d’Argenson que je veux reprendre, les marronniers qui bordent les hôtels particuliers, Mary Poppins, un décor de comédie musicale, tout est beau, tout est élégant, Walt Disney en urbaniste.

Mes parents quand ils étaient gosses, ils allaient avec mes grands parents voir les équipages des grandes familles partir pour le bois de Boulogne. La bourgeoise les émerveillaient, même moi la communiste, ça doit être un truc d’enfance j’allais au jardin d’acclimatation. Les promenades autour du lac Saint James, on est dans l’aristocratie, on est aussi en plein dans Le XIXéme industriel… 37 rue de Chézy, c’est là, Maman c’est la concierge, alors je fais la surprise en tirant le cordon, il est électrique, j’ouvre la lourde porte art déco de ce bel immeuble bourgeois.

A suivre…

©MOI-2019
Trente-Neuf – S01-EP01 – Prologue – Forbach-Neuilly