S01 – EP04 – Un air de vacances

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« Toujours sans nouvelle de Marie depuis le déménagement de Forbach, Edith qui s’est arrêtée à Neuilly sur seine, chez sa mère en charge de sa petite fille lulu, 5 ans, est de plus en plus inquiète surtout depuis la visite nocturne de sa chambre par deux hommes, elle prend le train pour Royan en promettant à sa mère et sa fille de revenir au plus vite ».

***

Oui, j’ai connu Royan, le Royan d’avant les bombardements, à un moment trouble, un mélange de peur de tout et de tous, les pacifistes qui ne voulaient plus y retourner et ceux qui s’y préparaient en donnant l’illusion du devoir. les rancœurs, les haines, elle étaient vivaces et jusqu’à Royan on se préparait à une nouvelle guerre, ma surprise, je ne m’attendais pas à voir ces sacs de sable, ces préparatifs défensifs et je ne sais quoi si loin de la frontière et ça au milieu de la foule des riches vacanciers du tout-Paris edes congés payés et des réfugiés de l’Est de la France. En 39, la fierté populaire du front de 36 s’est renversée. Marie qui pensait y échapper en quittant de gré la Moselle, enfin, de gré c’est vite dit, elle avait juste devancée l’appel. Elle serait quand bien même allée à Brest pour fuir au plus loin, que ça aurait été encore plus terrible. Pour vous faire une idée de Royan, faudrait prendre un peu de Deauville un peu de Biarritz, un brin angliche… J’avais marché un peu bêtement jusqu’à la gare routière, et j’attendais depuis un moment un car, il faisait une chaleur à crever et le ventre creux plus les émotions de la nuit passée où j’ai peine dormi dans ma chambre de bonne, surchauffée dès que le soleil pointe son nez et pour finir : le train bondé : ça n’a pas raté.

J’attendais en plein cagnard, quand un type, beau mec, en voiture, pas mal aussi, me demande si ça va et, je tombe sous ses yeux, comme une chiffe molle, dans les pommes. Ce type m’a ramassée puisque je me suis réveillée dans une petite pièce, enfin une petite dépendance, fraîche, mignonnette, une fenêtre qui donne sur un jardin ombragé, charmant qu’on se croirait dans du Proust, ou du Renoir, et une maison à quelques mètres recouverte de vigne vierge. Où suis-je vraiment, aucune idée… Un homme très chic, se réjouit en me voyant debout, se présente tout en s’enquérant de mon état avec la plus grande courtoisie, me propose aussi un morceau à grignoter et à boire, Je dois encore rêver, prince charmant et domestique, oui je dois dormir. Je n’avais pas la tête à me méfier, et lui pas la tête à être du genre méfiant, une bouffée de bonheur. Le type est scénariste, producteur, réalisateur holà, c’est une maison qui n’est pas à lui mais il y travaille tranquille sans être dérangé, sur un film, pour ses studios de cinéma de Royan. « Je connais pas », il me parle du casino, « je connais pas », beaucoup d’informations à la seconde. « Hollywood sur gironde c’est ici » qu’il me dit en riant. Et vous qu’il me demande

Du coup je lui raconte mes histoires ancillaires, ma patronne injoignable et le blabla, et que je le remercie bien, et que je suis gênée pour tout ce qu’il a fait, et qu’il me répond toutes les amabilités chrétiennes. Je lui demande où se trouve cette adresse, la maison de Marie. Coup de bol, je ne suis plus à Royan, mais dans les environs de Saint Palais sur mer, 10 bornes plus loin environ, mais heureusement ma presque destination. Coup de bambou, j’ai dormi une poignée d’heures. Il ne connaît pas la rue, mais le nom  lui rappelle le type qui a fait construire une chapelle, dans le quartier du Platin, ce n’est pas loin, quelques minutes à pied en sortant du village et en descendant vers la mer, le clocher dépasse des pins. Je récupère mes effets, et après les politesses d’usage, et je suis les indications de mon sauveur… Emile Couzinet, oui, il a fait des trucs drôles. En tout cas un type sympathique, oui. En ce temps il y en avait qui savait y faire, pis lui, dans le cinéma c’est pas les occasions qui manquent, alors il peut jouer le chevalier servant sans arrière pensée… Et puis en même temps je ne lui montrais ni ma grande forme, je ne faisais trop rêver en Mary Poppins réfugiée… Je vais voir la mer, parce qu’en 39, j’avais toujours pas vue la mer. Je devais aller en Normandie en 37, ça avait été un fiasco, la guimbarde de Marcel en rade, je rentre en bus avec la gamine qui vomit dans ce truc qui puait le fuel, le rêve : Marcel.

Les indications d’Émile me mène presque à ma destination, je tâtonne, je déduis avec les informations que j’ai. La route surplombe la descente vers la mer cachée par les pins et la dune pas bien haute, sur la droite, au garde à vous, se dresse un beau phare de carte postale rouge et blanc, qui lui se détache des pins, je ne vois pas de clocher, mais je me laisse guider, la voix du seigneur me guide ; en longeant la dune et les pins, je me laisse gagner par les parfums des chênes verts celui citronné des genets et de la sève des pins, dans la chaleur montant du sable, au loin un bruit nouveau effervescent et hypnotique, celui du ressac. Il y a quelques belles baraques de rupins quand même… A cette époque, y avait pas grand monde, quelques familles. Et là, sur ma gauche longeant un mur, une allée plonge directement vers la plage, j’en vois un petit bout a une centaine de mètres, du sable des rochers et une espèce de baraque de pécheurs avec un filet carré, je continue sous les pins, et là au détour j’aperçois une petite chapelle, blanche, notre dame des aviateurs, et je redemande mon chemin à des gens aussi paumés que moi, On n’est pas à Paris…

Du coup le chemin blanc m’emmène sur une corniche, qui tombe au bout de plage… Alors là c’est rien chouette, la première fois où tu vois la mer, tu as l’impression que plus rien ne peut t’atteindre, grand tranquille, pas de recoins tarabiscotés labyrinthiques de la ville, enfin voir loin, ha voir loin, ça c’est dingue, c’est philosophique ça voir loin, et comme on est à l’embouchure de la Gironde maintenant je le sais, on voit le Verdon en face, comme une « terra incognita », et un autre phare en pleine mer, alors là c’est pas banal ça , les baigneurs, les gamins, les voix et les cris des jeux d’eau, je me sens un peu exploratrice espagnole découvrant le paradis sur terre,

Je prends un chemin de douanier longeant la cote, qui entre sous des chênes verts, en passant un pont, le sol en contre bas est jonché de coquille blanche. Sur ma droite une allée ombragée de grands arbres, je préfère continuer devant moi sur le chemin de douanier, les troncs d’arbres sont soutenus par des pierres, couchés par les vents du large, je longe un muret surmonté d’un petit grillage en croisillons, je ressors dans ce petit bosquet et s’ouvre à moi l’immensité du large devant, il n’y a plus rien d’autre que la mer à perte de vue, forte, massive imposante, et sur la droite derrière le muret, une grande pelouse, au fond une propriété, colombages rouges basque, toiture de manoir anglais, Maison du 19ème que je reconnais, pour l’avoir vue en photo, Marie m’a expliquée en large et en travers…, un autre petit pont ; il y a bien une petite porte qui donne accès à une petite crique vraiment minuscule au bout de la propriété, mais je n’y ai pas accès,j e ne vais pas avec ma valdingue crapahuté dans les rochers. Et à quelques dizaines de mètres sur ce chemin de douanier, le muret laisse une ouverture sur une petite porte qui donne accès à la pelouse, cette porte de jardin n’est pas fermée à clé, j’entre, et longeant des arbustes un peu inquiétant je m’approche de la maison.

Une grande pelouse anglaise s’ouvre sur la mer, et donne certainement de la maison une vue imprenable, mais pour le moment l’accueil est plutôt froid. j’entre par la véranda qui ressemble à un salon de thé abandonné. J’appelle…. Personne. Si les poussières m’attendaient, il en manque par endroit, on est venu ici, il y a quelques fauteuils dont on a retiré les draps blancs, je deviens malgré moi, une Miss Marple, j’appelle encore, rien. Vide, je me risque à l’étage, il y fait presque trop frais, je passe les chambres, les salons, il persiste une odeur d’humidité et de baraque qui n’a pas pris la lumière… Et en passant, devant la salle de bain, dans l’embrasure en reflet du miroir, mon souffle se coupe, j’ouvre et je vois le sac à main de Marie, posé là, intrus total, je regarde dedans, tout y est, mais tout, enfin tout ce que je crois reconnaître d’elle. Là oui je peux imaginer le pire. Elle est donc passé ici, ou alors elle n’est pas loin, mais les meubles, je fais toutes les armoires des chambres tout est vide et d’ailleurs rien n’a été ouvert. Cette baraque commence à me foutre les j’tons, je retourne dans la salle de bain, j’ose à peine prendre le sac de Marie, je monte au deuxième étage, les chambres sont un peu plus petites mais la vue, c’est peut être la mienne qui sait.. Soit, je prends mes quartiers ici, soit, un petit hôtel mais où ? Soit je retourne chez mon bon samaritain.

L’électricité marche et l’eau aussi… chaude ? Oui… Un bain, je me fait couler un bain, et me met plus qu’à l’aise… Pas de voisinage, personne, pendant que le bain coule, je descends piquer une jolie robe légère et du blanc tout frais dans ma valise, Enfin fraîche, il y a un peu de maquillage de Marie, son rouge, j’ai quelques trucs à moi, et son parfum, juste un peu. Et je joue à la châtelaine, je prends les clés que je fourre dans mon sac et d’après ce que m’a dit Emile, il y a un patelin pas loin… un petit kilomètre en revanche, je connais pas, donc par la route… J’entends klaxonner et voit rigolard Emile décidément, « j’ai hésité à klaxonner de peur de vous faire tomber dans les pommes une nouvelle fois, allez montez  vous allez où ? » Bin je bredouille un machin qu’il interrompt « Je ne peux pas vous laisser dîner seule allez venez ».

Je ne refuse pas longtemps. Dans la voiture je lui raconte, toute ma petite installation, je joue les bravaches en disant que tout est normal, je ne raconte rien du sac à main… En me tapota nt la cuisse gentiment « Ne vous inquiétez nous ne dinons pas en tête a tête il y a quelques amis et vous êtes mon invitée… » La vache valait mieux pas que je sois invitée, le restaurant rien que ça et là alors là j’en suis restée Baba…. Danielle Darrieu, bin ouais elle a une maison avec Decoin…. Ha oui Darrieu, pour vous ça ne vous parle plus, mais la coqueluche de Paris là. Ca se chicanait un peu avec Decoin, et voilà qu’on me parle ; et où êtes vous descendue ou je ne sais quoi, alors vous êtes une amie d’Emile, et faites attention, s’il vous propose de faire du cinéma, vous êtes sauvée dit elle en éclatant de rire. C’est pour ça que je viens avec mon mari. J’ai tellement vue Marie et son art de la conversation, que finalement, les grands thèmes, un peu d’esprit, on retient quelques phrases, quelques mécanismes, et je me suis risquée à un bon mot sur les hommes puis Madame Darrieu a ri de ce bon mot qui fit mouche, et elle était une peu grise. Henri Decoin c’était un beau mecton aussi… Elle avait une baraque vers Nauzan, où on a fini la soirée. Je redoutais un peu qu’Émile en me raccompagnant, on avait tous bien bu, j’voyais le coup arrivé… Et puis non, la classe, il m’a laissé sa carte, en m’invitant à venir voir les studios de cinéma.. . Le téléphone des studios, il y est tous les jours… Mouais, « gentil n’a qu’un œil me disait maman »

J’avais fermé à clé comme, je suis sure d’avoir fermé à clé, et d’avoir laissé ma valise dans le petit salon… Plus de valise, et pour faire chic j’avais le sac à Main de Marie, le mien n’est pas vraiment fait pour sortir. Mon sac et ma valise volatilisés..

(A suivre)

LE DIABLE EST DANS LE BETAIL

Avant Propos
Même à Emile Zola, on lui a reproché de s’étaler trop dans le misérabilisme et de desservir l’image si vertueuse de la classe laborieuse. Lantier en pervers narcissique, ou les vieux qui claquent au fond des cagibis, non, la gauche demande à Emile de lever le pied sur sa peinture sociale, les pauvres c’est noble, Oximore ? A coté mon voleur de carte postale fait triste mine, même s’il m’a apporté quand même le petit plaisir d’en énerver quelques uns. Jeunes et vieux, wesh. Mais ça ne me contente pas. J’ai repéré de nouveaux bons clients extraits de la petite débâcle de la fin de semaine anglaise, les décombres sans le talent de Lucien (les vieux socialos aiment bien se faire un petit frisson à lire Rebatet), L’insurrection gueguerre façon société du spectacle.

ACTE XVIII Scène ? ( Machin, machin et machine ) en didascalie : Ils rêvassent douillettement de la débâcle,  du lendemain matin, après le grand soir, Enfin la c’est une matinée. Lenine lui-même posait la question : Vous ferez quoi ? pour le moment réponse sartrienne, ce sont des existentialistes je présume «  bin… attendre le garçon de café… ou  Robespierre, de la propriété c’est le vol, du Proudhon s’il c’est nécessaire, l’être suprême NTM. Qu’est ce qu’on attend !!!  Le paltoquet s’il vous plait… TOCTOCTOCTOCTOCTOCTOCTOCTOCTOCTOCTOC… TOC, TOC, TOC… Haaaaa

règles des trois unités Lieu, Temps, Fait
Paris, les champs Elysées, trois amis discutent à une table…
Mise en place du décor (c’est de la récup : message pour la prod, )

Une table de bistrot, chaises, on y fout le feu, et les acteurs sont en terrasse enfin ce qu’il en reste, au beau milieu de la voie publique, samedi c’est piéton.. C’est hidalgo ça aussi ? Ils attendent repus comme de bons actionnaires le ventre gonflé de dividende… Mais attendre quoi maintenant ? Qu’on vienne te servir ? Que le loufiat de l’établissement qui finit de cramer surgisse des débris de verre, enlève les gravats de la cuisine, le plâtre sur son beau costume de pingouin et prenne la commande :
Nestor« que veulent ces messieurs dames  ?  Du pâté de campagne? Un air d’accordéon ? Une Valstar ? Des chips ? Un khebab, avec des potaitoz et de la sauce blanche ?
Anonymes : « C’est un symbole» En chœur comme dans les tragédies grecques sauce blanche

Des trois mousquetaires du désarroi, la mégère se prend pour la baronne du Fermoir de Monsac pour un instant seulement, toute cette scénette filmée non pas par Garrett Brown L’inventeur de la steady cam,  mais pas le journaliste qui filme la liberté d’expression parce que chez BFM c’est tous des juifs, heu non pardon, des sionistes, sur ce sujet ils sont tous cultivés. Et le film bin ce ne sera pas « Bound for glory »… La grande classe ce Woody Guhtrie, le Johnny Cash de la Cambrousse.  Et maintenant qu’on allume la mèche de la débâcle, que vont faire ces êtres suprêmes ? Robespierre aide-moi ! Comme  carte des menus,  en terrasse, on peut leur amener à lire du Benoit Malon ou  des trucs sur la commune de paris, ne leur dites qu’ils finissent fusillés par Thiers, ne leur gâchons pas ce plaisir. Ou déportés, Ha oui oui entre français ça se fait aussi, Chut, ils découvrent la révolution, ne leur spoilons pas les niveaux du gameplay.

 

 

Auguste Renoir

La collection Paul Rosenberg ! Picasso, Laurencin, Braque, Matisse, Seurat, un délice, une gourmandise pour le gros Goering en son temps mauvais. et quand la jalousie de classe se décomplexait argumentée par un racialisme de propagande on a connu ça en France sous la révolution aussi, le saccage des bibliothèques privées… Oui j’ai des amis juifs, et juives aussi.. Ne sommes nous pas tous juifs en fait ? Oui l’élite culturelle suscite toutes les jalousies. Mais là n’est pas la question..
C’est au détour des salles de cette exposition, de grandes toiles des oeuvres magistrales, et là au fond d’une salle, on pourrait dire mis à l’écart, peut être moins spectaculaire, ce petit tableau de Renoir, dont j’ai oublié le nom, petit, oui 40 cms de large pas plus dans un gros cadre rococo qui étouffe presque l’image.
La photographie comme la peinture, à légale. Je reste collé, j’y rentre, je m’y promène, c’est une promenade normande ? Ou à Vezelay ? Peu importe, on y a chaud à s’éponger le front dans son mouchoir en tissu, on cherche la fraîcheur des petits chemins, Mireille, était l’épouse d’Emmanuel Berl à propos de petit chemin ; reste concentré Melizo, le bada-en-casse-croûte-de-cheval sur la nuque, le chemise ouverte débraillé comme jamais, le gilet déboutonné, les souliers empoussiérés des chemins blancs. Ce serait pour les dimanches d’un Bourgeois de Paris, dans les bois de la Malmaison.
Et puis la technique… Auguste comme Jean … quelque chose de populaire, tout le monde a dans ses souvenirs une image comme celle çi, dans ce détail, faire pause, cela pourrait être un acte militant finalement. Les impressionnistes se sont fait cracher dessus. Regardez ce Manet il ne sait pas peindre l’eau elle est orange.. On arrachait ses toiles on lui crachait dessus dans la rue… Et ce pauvre Fantin Latour pourquoi je pense à lui d’ailleurs, qui ne pensait qu’a peindre du nu, malgré ces beaux bouquets, c’est vrai, mais il devait peindre sa bonne femme et son mécène, même sa liseuse fut censurée, je cherche toujours pourquoi et aussi pourtant détenteur de la plus grande collection de photos de nus, fourni par un photographe espagnol, outil de travail disait il , il ne pouvait recevoir les modèles sous l’œil de Madame la protestante son épouse,
Auguste, ton chemin est une invitation à la liberté, à la subversion, à l’élégance et à la délicatesse, je m’y engage..