Avant

Lorsque l’on me demandera, « Mais sinon l’amour pour toi ? » en ricanant peut être  en coin « Comment tout a commencé ? » Il n’y aura pas d’histoires numériques prévendues, il y aura encore un cerisier en fleur, un air de printemps, une maison biscornue, dans mes quinze ans, quelque chose d’un roman à l’eau de rose, être amoureux de la première de la classe, rien n’est écrit bien sûr, ni mon amour des textes, des beaux livres, de la belle musique celle que l’on disait maladroitement grande et qui se révèle immense.

Comme un aimant, comme un amant je crois avoir toujours suivi et suivre encore et préféré abandonner tout pour le beau et ce qui agace ma curiosité qui, si elle est un vilain défaut, me conduira sûrement à la dédicace de Vallès « A tous ceux qui nourris de grec et de latin sont morts de faim » Programme réjouissant, mais tant pis. Inadapté certainement, préférant encore, la danse des jeunes filles aux lys ou l’appel de oiseaux. Bref si un jour on me demande quoique ce soit, faites l’inverse de tout ce que je répondrai et vous serez alors en sécurité et certainement riche.

©Moi-2020

Dans les rues de la ville…

Allégeance
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima?
Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas?
René Char (in « Eloge d’une soupçonnée)
Photo ©Moi – 2020

 

Synchronicité

Je garde dans la
solitude
comme un
pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se
déploie,
la forêt, l’océan
reculent.

Tous deux, le soleil
nous désigne
par-dessus la ville et
les toits
les fenêtres renvoient
ses lignes
les fleurs éclatent
comme des voix.

Lorsque ton jardin nous
reçoit
ta maison prend un air
étrange:
comme un reflet, la véranda
nous accueille, sourit
et change.

Les arbres ont de
grand coups d’ailes
derrière et devant les
buissons.
La vague, au loin,
parallèle,
se met à briller par
frissons.

Je garde dans la
solitude
comme un pressentiment de toi
Tu viens! et le ciel se
déploie,
la forêt, l’océan
reculent.

Max Jacob, Romance

Photo ©Moi- Pourville 2020

 

Emerveillement

C’est sûrement lorsque l’on comprend enfin que l’on doit être anonyme et non pas quelqu’un que tout arrive. Personne, perdu dans les milliards d’individus. Comptez jusqu’à 7 milliards  à raison d’un chiffre par seconde, il faut plus de 220 ans. Qui voulez-vous espérer être ? La messe est dite. Et l’émerveillement alors ? Il reste entier, il n’y aurait plus aucune chance à l’accident heureux, et entrer dans une fatalité numérique, où notre cerveau lentement devient la data idéale, ou pire encore aux croyances des astrologues et autres mages, voilà, l’exercice le plus compliqué celui de la discipline quasi scolastique, celui de la rigueur d’un empereur romain, de la logique d’un penseur allemand, c’est le chemin, comme on apprend à parler, à marcher, on apprend à penser. Vous voyez là, vous me lisez numériquement, et on pourrait se demander ce que fabrique le président de FB et à quoi il pense.
Il pense pour nous, et investit dans le cerveau-machine… Vous êtes prêts , nous sommes prêts, nous commençons à confier à des firmes sérieuses et puissantes nos albums de familles, notre vie, nous renseignons, sans cesse, sur ce que nous faisons, où nous nous trouvons. Quels sont les combats ? Les retraites ? L’égalité des droits ? La violence aux femmes ? Ah oui ! la planète… Sauver la planète de qui ? Du communisme ? On rit… De l’islamisme, on rit moins, des virus… Oui les virus les autres, peur des autres oui bien sûr. L ‘émerveillement, c’est échapper à tout cela, et chercher à fabriquer ces instants plutôt et peu à peu reconnaître les besoins artificiels aliénants. En revanche, je n’ai pas de formule magique ni de martingale de sorciers. La liberté individuelle est un sport de combat …

©Moi-2020