Projection

Et puis cette nécessité de voir cette belle Bretagne si sombre. Le photographe se doit de montrer quelque chose de lui non ? Certes c’est un jeu, certes le noir et blanc, certes le tourment mystique et celtique. 2016, les vagues successives des changements, les rafales de toutes sortes d’émotions, qui sont venues, non pas contredire mais m’enlever d’une torpeur qui me conduisait au tombeau plus vite qu’à mon tour. Projeter dans un capharnaüm, de multiples tourbillons de tsunamis qui balayent tout, emportent tout, on s’accroche à ce qu’on peut d’ailleurs puisque à ce moment la peur s’empare de vous, mais la curiosité de ce nouveau monde vous attire, il y a un début, j’en ai conscience, même si me voilà seul, enfin seul, mais seul, il faut maintenant accueillir tous ses démons tous les esprits qui vont nous construire, et prendre encore des coups bas,  et surtout en donner, c’est le temps de régler ses comptes, d’abattre froidement ses ennemis, de sortir les atouts de ses manches, tricher, apprendre, mettre un genou à terre être debout et sentir la chaleur de l’aspiration des courants ascendants comme la froideur des plongeons, tout ce qui bâtit maintenant une inspiration, tout est là à portée de main ?

Il n’y a qu’à se servir, fugace et volatile, les fantômes sont joueurs et malicieux et guident mes pas. Dans tout ce monde peuplé d’esprits, avoir peur de quoi ? De qui ? Finalement, maintenant, il n’y a rien à chasser mais inviter tout ce monde à ma table, les convier. De l’amour à la haine, je ne renonce à rien au contraire, un monde d’émotions pas toujours contrôlées, je m’en fous, combien de temps devons-nous tus nous interdire de vivre un peu, même très peu, même microscopiquement ? Tant que l’on peut arracher un peu plus de libertés, aux interdits. Je laisse venir l’orage, je laisse venir ce printemps en tachant d’être debout au milieu de ce qui se passe, demain ? Oublier demain, c’est aujourd’hui que l’on pose son pied sur cette planète inconnue et planter son drapeau.

DSC_3018Cap Frehel – 2016 (Paysage/Landscape)

Les années de troubles sont sans fins. Tout comme le désir se renouvelant sans cesse à l’infini. Penser que j’allais en fuyant, en me fuyant moi-même trouver le paradis, si ce n’était pas si faux, il s’agissait toutefois d’un court instant. Oui se retrouver nu, enfin, pour le cout, la pleine conscience, je l’ai vue de mes yeux vue, ces images d’Eden, je les ai vues, debout éveillé, de l’amour et de l’eau fraiche, tout cela était bien réel. Artificiel ? Surement aussi, une réalité, on peut croire par son expérience que c’est du beau concret. Et même si je devais échouer au bout de ces vaguelettes. Quelles seraient mes premières questions ? Mes premières inquiétudes ? Le manque et son désir ressurgiraient, et il faudrait répondre encore à toutes les craintes. L’Homme est naturellement bon ? Je n’en sais rien, inquiet ? Oui surement. Et de son inquiétude nait sa sociabilité. C’est un engrenage bien humain. Celui qui essaye d’échapper à cette mécanique, soit par l’immobilisme ou en grimpant au sommet des montagnes, ne fait que fuir cette évidence. Et, on échappe jamais à l’inquiétude à l’intranquillité. C’est clair ?

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Pays Briard

Bon c’est vrai, j’avoue, mon dernier texte ne brillait pas par sa poésie, mais aujourd’hui c’est différent, il ne s’agit pas de s’en aller fouiller dans mon enfance pour en ressortir des madeleines rassies, je peux devant vous faire la démonstration que dans ma mémoire proche, il existe aussi un foutoir inscrit au même titre que les biscuits à Marcel. Je vous ai déjà raconté mes aventures d’avec ma poule bretonne, ce personnage balzacien qui nous a tant fait rire, à mes dépends je le concède. Un mélange du syndrome de Peter Pan, de Dory le poisson et puis ça a plutôt pour moi fini en chicken run,  Il y en a d’autres bien sur, une charmante collection de frapadingues plus névrosées les unes que les autres mais qui correspondent certainement à l’état dans lequel je fus finalement à ce moment précis de ma burlesque existence.

J’ai encore dernièrement à la sortie de cet hiver, tenter un flirt audacieux. Une blonde à gros nibards pour schématiser tout ce qui inspire l’amour courtois, l’envie chevaleresque de découper les volailles, danser la tarentelle, jurer fidélité et tout le saint Frusquin. Le problème c’est que pour avoir un rendez-vous avec cette princesse, il ne fallait pas tuer un dragon ou ramener le graal non, il fallait trouver un créneau entre les cours de Zumba, les expos, les soirées avec les copines, les randos, le vélo, le ski, les séances de méditation, enfin tout un bric à brac qui comble la solitude des quinquas déclassées et qu’on se demande : un mec ça serre à quoi ? Je m’interroge encore sur la différence pour elle entre un clébard, un chat et un mec. Et en plus l’indélicatesse de la meuf, qui accepte bien que tu lui fasses du gringue Samedi en quinze, mais qui chouine sur ton épaule vu que dans les soirées Salsa, plus personne ne veut jouer à frotti-frotta avec elle parce que vieillie, et que les hormones se sont fait la jaquette. Bin ouais le pompier de service, le jeune qui bouffe des protéines et du work-out avec tutos sur youtube, il ne veut peut être baiser sa grand mère à moins d’un fantasme ou d’une déviation qui dans ce sens là n’est pas pénale ceci dit.

Bien ! On intellectualise la relation, on théorise à tout va, en se disant que l’amour, la liberté du couple, je ne sais plus trop quoi c’est formidable de le partager. Et me voilà parti, chez elle, puisque ses mômes n’y sont pas. Promenons nous dans les bois puisque mamie est là… Jusque là je vous avoue que je ne sais pas trop ce que je vais y faire, donc je prends mon 24×36 Canon AT1 et quelques pellicules Ilford 100 et 400 Iso, au moins je shooterai des bricoles de sa cambrousse… Coulommiers,tout le monde descend ! Bon déjà la Mayenne y’a rien, mais Coulommiers, heureusement qu’il faisait beau, le moyen âge, le pays Briard. Même quand il fait beau c’est déprimant. Ballade digestive dans les marais  après un boulgour bio un pomme bio et du rouquin bio. Déprime bio à suivre…

Une belle promenade revigorante, le long d’une rivière constellée de pneus, de carcasses de bagnoles et de mobilier jeté à la flotte. Et moi genre, personnage des comédies de Tchekov, dans la nervosité luttant contre la déprime du moment, mais pas la digestion, j’ai déja faim,  j’me chope une migraine ophtalmique à l’oeil droit pendant une trentaine de minutes. Ne voulant pas être mufle puisqu’elle s’assoie sur un banc, je veux me montrer un peu charmeur et tout, c’est genre le moment romantique qui s’installe, donc si je ne fais rien, elle ne va pas se sentir désirable, et ça va se mettre à chialer ou m’insulter encore…

Au loin on crame des feuilles qui envoient une fumée se transformant en nappes de brouillard sur une lande jaunie et marécageuse découpant le soleil pâlichon. Au loin on entend quelques voitures qui passent, une moto trial qui pétarade, et parfois le vent tiède ramène avec une odeur de merguez dominicale, quelques bribes de musique du mauvais disco de la salle des fêtes à moitié déserte où sur le perron une majorette une peu grasse fume une clope en regardant son smartphone, entourée de quelques péquenots endimanchés, attifés en louffiats qui servent les petits fours.

Et moi, il faudrait que j’emballe Janis Joplin ménopausée. Il faut faire abstraction, dire que c’est un beau pays, que j‘aime la campagne et le calme, je me concentre, j’essaye de ne pas me comporter en mufle, c’est-à-dire en ne lui pas disant la simple vérité. « T’es moche, ton pays est tarte et j’ai faim ». Non j’exagère, pour qui j’me prends.. Et là alors que je me tiédis, j’oubliais le coté marécageux de l’histoire et commence tranquillement à deux pas de nous, un appel ! Une grenouille, un petit machin, le truc qui si tu l’embrasses ça devient un prince, Crooa, une puis deux, puis trois et finalement la mare devant mes pieds entre les joncs sont entassées je ne sais pas,  peut être 10 000 grenouilles, qui en quelques minutes emplissent la lande d’un vacarme assourdissant. Je n’avais pas lu le petit panneau, que les grenouilles baisent toutes dans la mare.. Partouze géante orgasmique apparemment. Pas pour tout le monde en fait.

Alors entre les poules qui m’amènent des puces, les grenouilles qui cassent la baraque déjà chancelante, je me méfie désormais des filles de la campagne, on n’est jamais vraiment seul finalement, une chambre d’hôtel canal saint martin c’est plus discret. Ça a finit comment ? Pff fiasco non pas de détails après la partouze de grenouille j’avais peur qu’au moment ultime du coïtus elle eut croassée,  non coassée, j’ai préféré l’interruptus, elle a bien essayé d’acheter mon désir avec un esquimau noix de coco chocolat à sucer à deux.. Ho non ça suffit, je rentre chez moi, Morale de l’histoire ?  bin je sais pas… je sais plus…

Briard007Pays Briard ©Moi2018 (Paysage/Landscape)

Fantasmes

La madeleine de Proust m’ennuie profondément. Cette espèce de mélancolie, de pathos me casse le moral. Une continence qui rassemble un fourbi que l’on a tous, ho regarde mon jokari, mon porte clé, mon bol, ho le Benco ça me rappelle Mémé holalala, la complainte du progrès, le lit qu’est toujours fait et le canon à patates auxquels on s’attache indiquant que nous sommes plutôt sur la pente descendante. Hé bien moi, Je vais vous raconter en détails ma première masturbation, oui, j’ai quand même la délicatesse de ne pas vous raconter la dernière.

C’était un été, près de la mer,  il devait certainement faire une chaleur accablante ou je ne sais quoi pour rester dans la fraicheur du plain-pied dallé à même la terre battue d’une maison de villégiatures des premiers bains de mer de charente inférieure à l’époque, maintenant maritime. Maison ombragée, recouverte de lierre ou de vigne vierge plutôt, ce qui amène à la virginité de mon histoire ce petit plus angélique. Avec un ami nous écoutions des 45t ( que les plus jeunes se débrouillent avec les moteurs de recherches pour savoir ce que veut dire 45t), nous écoutions les chansons extraites de « Graines de Violences » le film avec Glen ford et Sydney Poitier, 1955 ce n’est pourtant pas ma génération mais il s’exerçait une fascination pour cette virilité à la James Dean autant que l’équipée sauvage, alors que la période aurait du être normalement tournée vers Jack Nicholson Peter Fonda et leur bécane, cela viendra plus tard, l’iconographie crétine des U.S. me fascinait. J’avais dans ma chambre de gamin un poster de Clint Eastwood, tiré du bon, la brute et le truand, et au dos de cette petite affiche, Raquel Welch sortant de l’eau, mon beau frère m’avait dit goguenard « tu verras gamin, dans quelques temps c’est l’autre coté qui t’intéressera » avec un sourire en coin. De quoi j’me mêle la winchester de Clint et son poncho.. une fille  qui sort de l’eau ?  Mon choix est fait.

Dans cette ambiance de garçons on aurait pu crapoter des gauloises bleues pour parachever cette ambiance, toujours est il que la conversation change, et que d’écouter des hommes virils chanter, ça laisse place à des conversation d’hommes, de vrais. Je me fais donc affranchir sur les plaisirs de la masturbation. En fait non, pas affranchir sur les plaisirs, mais d’abord il faut faire ses gammes comme pour tout instrument, il faut étudier. On m’explique, j’écoute, je ne comprends pas vraiment où tout cela veut en venir mais après avoir envisagé l’aspect  théorique et une formation rapide,  je veux bien passer à la pratique et en toute pudeur je m’efface préférant l’intimité des ouateres et m’y essaye. C’est comme faire du feu avec deux bouts de bois, la technique du foret à archer vous risquez les premiers temps d’avoir plus d’ampoules aux mains que d’enflammer la mèche et la motte, oui, je fais poète aussi à mes heures perdues et j’vous emmerde aussi. Bref, son truc ne fonctionne pas il me crie des conseils depuis la chambre façon fort boyard, je n’attrape ni clé, ni rien, Fin de l’exercice, on plie les gaules. Vive la Charente libre

J’abandonne l’idée de cette représentation virile, et trouve les pistolets de Clint ou le couteau de Rahan beaucoup plus parlants encore. L’été passe comme tous mes étés d’enfance. 2 mois de bains de mer, de potes, d’insouciance, les madeleines de Proust, je les ai embrassées, mangées, et le reste finira rassi, bouffé par les souris d’Alzheimer qui sait ? Un conseil, Jetez ces veilles gourmandises, la date de péremption est largement dépassée

Ce sera en rentrant chez moi, au mois de Septembre un matin que je recommence l’expérience masturbatoire. Miracle, il se passera un truc dingue qui me laissera plié en deux un instant. L’effet d’un shoot peut être. Voilà une drogue, un vice enfin, avec sa culpabilité, et tout le barda freudien qui va se radiner peut être bien, l’enfance c’est pu ce que c’était, un nouveau monde de rêves en tous cas, un univers d’aventures Un plaisir solitaire mais un plaisir quand même. Une bibliothèque rose. En repensant aux histoires de ma bibliothèque rose que je me bâtissais, comme les livres de notre enfance, ce n’est plus la collection « chair de poules » qui me donne des frissons aujourd’hui. Une autre fois, je vous raconterai tout de toutes façons. Une petite madeleine avec votre thé ?

Marie-Beauport002-Modifier

Fantasmes – ©Moi2018 ( Vie/Life)