L’invisible

Je n’ai jamais bien compris comment tous les biens de la famille ont été gérés puis disparus. Les années trente , le tout début, les deux sœurs orphelines, une entre dans les ordres, et la plus jeune, dans un orphelinat de bonnes sœurs. Sur l’ile d’Oléron on remonte jusqu’à la révolution française, avant on perd la trace, l’état civil manque, à dessein peut être, il a fallu sauver sa tête, même si les provinces étaient les plus conservatrices, voire réactionnaires. Toujours est-il que subitement, les enfants sont placés, les biens et les personnes disparus. Chaque, famille, traine son lot de secrets enfouis, rien de particulier. On m’a croqué ce grand père que je n’ai jamais vu. Avec un air malicieux, et entendu ma Tante dit : « Ton grand père ? Une espèce de vagabond, artiste peintre » cet air malicieux et le sourire en coin en didascalie, souligne que « les fruits ne tombent jamais bien loin de l’arbre ». Loin de moi de m’autoproclamer artiste en quoi que ce soit, mais le coté vagabond a toujours raisonné avec romantisme. Comme tous les gamins, je fabrique mes clichés, j’imagine, cet homme le baluchon sur l »épaule, une chemise de peintre, fier de son état. Fin du film. On stocke comme cela des tonnes de petits films. Entre un scène aussi un lointain cousin de ma tante, chanoine, que j’imaginais en frère TOC, il engage avec ma tante une discussion animée dont on ne connaît pas le sujet et certainement une affaire sérieuse de famille, le ton monte, les cousin dit «  HA ! Et bien je vais te le dire moi le secret » … Ma tante « Je ne veux pas entendre tes histoires… Le cousin claque la porte, il meurt avec le secret. !

Ma mère elle même, se pose les questions. Pourquoi est elle née à Rennes et non pas sur l’ile ? 1925… Elle se souvient, de très loin, c’est assez, flou. Les places à l’église perdues. Le char à banc…Et la peur farouche de son grand père. Alors elle se demande, souvenir atroce en fait, fabriqué peut être, et si son grand père avait abusé abusé de sa fille ? (ma grand mère donc, faut suivre un peu au fond). S’il s’agissait seulement d’un accouchement difficile pourquoi aller à Rennes ? Tout s’embrouille. Un secret de famille si lourd peut mettre extrêmement longtemps à sortir, voire ne jamais sortir.

Vous imaginez que j’ai bien voulu voir et savoir à mon tour, retourner aussi au départ de ce souvenir que l’on me transmet. On peut se fabriquer de belles phobies avec des trucs comme ça, basées sur rien, ou si peu. Je vais donc sur cette ile. C’est comme les mystères du Berry de Georges Sand. Un truc s’empare de moi, j’y perds toute orientation, c’est une confusion bizarre. L’époque était au portable… Allo Maman ? Mais ou est ce ? Elle me décrit quelques bribes de trucs elle même ce souvenir disparaît petit à petit aussi…. Rien, plus une seule, trace. Et pourtant, au détour d’une rue, mon regard se fixe sur une maison bourgeoise au volets bleus, petit jardin devant, belle pelouse. Mais c’est exactement cette maison gravé dans ma mémoire. En souvenir ? Rien ne dit que c’est l’endroit exact bien sur, mais, le terrain a bien sur pu être découpé revendu en pièces. Qui gérait ce bien important puisque les filles étaient placés ?

Coïncidence, je me dis, ce truc du « déjà vu » je ne crois pas un traitre mot. Évidemment on peut se transmettre une image quasi parfaite. Des roses trémières en quantité… La fleur préférée, tout correspond, mais cela n’en fait pas un preuve de quoique ce soit. On a tellement envie de trouver un truc, qu’un bouton de culotte suffirait à expliquer les mystères de la vie. On connaît le commerce de reliques. Le nom sur la boite ? Inconnu. C’est l’été ? Maison de famille ? Location ? Ça ressemble à une maison de famille. Beaucoup de volets, beaucoup de pièces.

Je note l’adresse, la journée continue, un temps gris, et puis finalement, c’est un peu déprimant tout ça, de jouer au détectives, et puis aller au cimetière ? On n’est pas dans les western ou je ne sais quoi, hors cinéma, l’ordinaire est au coin de la rue. je classe cette journée, et je l’oublie même un bon paquet de temps. Je ne vais plus dans ce coin. J’y retourne bien sûr, mais le jardin a perdu de son éclat. Les amourettes de mon adolescence ont de l’arthrose, et les autres sont morts et enterrés. Tous ces touristes qui piétinent mes souvenirs ça me fout le cafard.

La photographie c’est déambuler c’est se perdre, et capter l’invisible, enfin c’est un truc comme ça. Et récemment grâce ou à cause d’une rencontre d’une fille qui habite le coin mais que je croise à Paris, me revoilà encore sur mes pas. Et voilà que je rode encore, Mes appareils photos, immergé totalement dans les forets, les marais, les bords de plages… Seul, et c’est en voyant un fait divers dans les colonnes du canard du coin, que de nouveau revient à moi ce truc que je trimballe….

A suivre….

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