AU DÉPART

Cette photo accompagne un important moment de promesse faite à moi même, « plus jamais !». Promesses de plus esquinter ma mémoire en brisant la « saudade ». Ce truc, u genre, j’aimais tellement le riz au lait de ma grand mère, que je n’ose pas en gouter encore tellement j’ai peur de briser ce souvenir intact de l’enfance, peur que les madeleines de Proust soient devenues trop rassies. Dans la vitre de ce train, Voila ce que je quitte, la plage de mon enfance, celle des vacances d’été heureuse. Sur cette plage au même endroit et trente cinq ans après, Je tourne la tête est e Caroline cette mémé ? Et cette mémé elle se dit pas ? Je ne peux plus chercher des ados, je suis obligé de me dire que parmi toutes ces vioques qui gardent les petits enfants, il y aurait un de mes premiers baisers.

Plus de parents, plus d’amours naissantes, plus d’insouciances. Je suis pourtant là accompagné d’une fille du coin, c’est encore une illusion. Je l’ai rencontrée dans une soiré parisienne, d’un début d’été étouffant. Elle habite ce coin de mon enfance, je suis banlieusard, mais maman était de ce coin. Alors je me dis que je vais faire revivre tout ce coffre du grenier. Il n’en est rien, de l’illusion, rien d’un amour de débutant, je n’ai fait rien que piétiner mes propres souvenirs. Pourtant en plein été, le froid me gagne. Cette ligne de chemin de fer, celle des congés payés, « dans un monde du petit Nicolas, » celui des trains à compartiments, et photo en noir et blanc au dessus des baquettes en vertes, est délabrée. Gare taguée, à l’bondon, rouillée.

Derrière moi, tout ceci est derrière moi. Un pays envahi par les retraités propriétaires dans leurs « Sam suffit« , tout meurt doucement, l’immobilier. le tourisme de masse qui envahit tout le front de mer et l’arrière pays. L’esprit festif de la ville a disparu. Une ville qui ne dormait pas l’été est vide à 23 heures. Police municipale, petite racaille locale qui se la joue comme à Sarcelle et écoute du rap de seine saint Denis. Pauvre décapité ce Denis, dont la tête roula depuis Montmartre. sinistre présage en fait. Pauvres cons de mômes.

Je ne vais pas jouer les vieux cons… ils ne vivent pas comme des ploucs, ils rêvent juste d’habiter Montfermeil. La nana que je me trimballe à cette époque devait penser qu’un parisien artiste ferait bien comme ausweis. Ma pauvre amie, je suis un ancien communiste qui habite un logement social à coté de Pars, dans une ex banlieue rouge bouffée par le tertiaire. Moi, comme un con, je pensais faire revivre tout ça, comme ce c’était mes racines. Mes racines ?

Pour le moment sur le chemin du retour dans ce TER, je porte tous les deuils. De mon enfance, de mes parents disparus de mes amours évanouies. Alors maintenant commence enfin la vraie vie, dans ce premier jour où l’on comprend ce qu’est le bonheur de la désillusion., cet enchantement qui va venir. « plus jamais » et c’est un bonheur, d’avoir envoyé valser ses illusions d’antan, les remplacer non pas par des regrets, et que le monde s’en va à la catastrophe devant lé télé. Non, chaque jour sera celui de l’inattendu., celui du pécheur qui attend que le bouchon s’agite sans même trop le regarder.

2 commentaires sur « AU DÉPART »

  1. 🙏🏾🙏🏾🙏🏾🙏🏾! C’est bien d’écrire … je me suis aussi mis à la poésie mais en langue Duala puisque c’est ce que je suis fondamentalement…

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