Fantasmes

La madeleine de Proust m’ennuie profondément. Cette espèce de mélancolie, de pathos me casse le moral. Une continence qui rassemble un fourbi que l’on a tous, ho regarde mon jokari, mon porte clé, mon bol, ho le Benco ça me rappelle Mémé holalala, la complainte du progrès, le lit qu’est toujours fait et le canon à patates auxquels on s’attache indiquant que nous sommes plutôt sur la pente descendante. Hé bien moi, Je vais vous raconter en détails ma première masturbation, oui, j’ai quand même la délicatesse de ne pas vous raconter la dernière.

C’était un été, près de la mer,  il devait certainement faire une chaleur accablante ou je ne sais quoi pour rester dans la fraicheur du plain-pied dallé à même la terre battue d’une maison de villégiatures des premiers bains de mer de charente inférieure à l’époque, maintenant maritime. Maison ombragée, recouverte de lierre ou de vigne vierge plutôt, ce qui amène à la virginité de mon histoire ce petit plus angélique. Avec un ami nous écoutions des 45t ( que les plus jeunes se débrouillent avec les moteurs de recherches pour savoir ce que veut dire 45t), nous écoutions les chansons extraites de « Graines de Violences » le film avec Glen ford et Sydney Poitier, 1955 ce n’est pourtant pas ma génération mais il s’exerçait une fascination pour cette virilité à la James Dean autant que l’équipée sauvage, alors que la période aurait du être normalement tournée vers Jack Nicholson Peter Fonda et leur bécane, cela viendra plus tard, l’iconographie crétine des U.S. me fascinait. J’avais dans ma chambre de gamin un poster de Clint Eastwood, tiré du bon, la brute et le truand, et au dos de cette petite affiche, Raquel Welch sortant de l’eau, mon beau frère m’avait dit goguenard « tu verras gamin, dans quelques temps c’est l’autre coté qui t’intéressera » avec un sourire en coin. De quoi j’me mêle la winchester de Clint et son poncho.. une fille  qui sort de l’eau ?  Mon choix est fait.

Dans cette ambiance de garçons on aurait pu crapoter des gauloises bleues pour parachever cette ambiance, toujours est il que la conversation change, et que d’écouter des hommes virils chanter, ça laisse place à des conversation d’hommes, de vrais. Je me fais donc affranchir sur les plaisirs de la masturbation. En fait non, pas affranchir sur les plaisirs, mais d’abord il faut faire ses gammes comme pour tout instrument, il faut étudier. On m’explique, j’écoute, je ne comprends pas vraiment où tout cela veut en venir mais après avoir envisagé l’aspect  théorique et une formation rapide,  je veux bien passer à la pratique et en toute pudeur je m’efface préférant l’intimité des ouateres et m’y essaye. C’est comme faire du feu avec deux bouts de bois, la technique du foret à archer vous risquez les premiers temps d’avoir plus d’ampoules aux mains que d’enflammer la mèche et la motte, oui, je fais poète aussi à mes heures perdues et j’vous emmerde aussi. Bref, son truc ne fonctionne pas il me crie des conseils depuis la chambre façon fort boyard, je n’attrape ni clé, ni rien, Fin de l’exercice, on plie les gaules. Vive la Charente libre

J’abandonne l’idée de cette représentation virile, et trouve les pistolets de Clint ou le couteau de Rahan beaucoup plus parlants encore. L’été passe comme tous mes étés d’enfance. 2 mois de bains de mer, de potes, d’insouciance, les madeleines de Proust, je les ai embrassées, mangées, et le reste finira rassi, bouffé par les souris d’Alzheimer qui sait ? Un conseil, Jetez ces veilles gourmandises, la date de péremption est largement dépassée

Ce sera en rentrant chez moi, au mois de Septembre un matin que je recommence l’expérience masturbatoire. Miracle, il se passera un truc dingue qui me laissera plié en deux un instant. L’effet d’un shoot peut être. Voilà une drogue, un vice enfin, avec sa culpabilité, et tout le barda freudien qui va se radiner peut être bien, l’enfance c’est pu ce que c’était, un nouveau monde de rêves en tous cas, un univers d’aventures Un plaisir solitaire mais un plaisir quand même. Une bibliothèque rose. En repensant aux histoires de ma bibliothèque rose que je me bâtissais, comme les livres de notre enfance, ce n’est plus la collection « chair de poules » qui me donne des frissons aujourd’hui. Une autre fois, je vous raconterai tout de toutes façons. Une petite madeleine avec votre thé ?

Marie-Beauport002-Modifier

Fantasmes – ©Moi2018 ( Vie/Life)

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